Interview Anatole Collinet Makosso : « L’école se poursuit sous la forme d’éducation non formelle »

Mercredi 25 Mars 2020 - 18:30

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Suite à la fermeture des établissements scolaires, le 18 mars à cause de la pandémie du Covid-19, le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et de l’Alphabétisation a mis en place un programme d’organisation en vue d’assurer la continuité pédagogique et administrative. Dans une interview aux Dépêches de Brazzaville, Anatole Collinet Makosso évoque les mécanismes mis en place pour faire bénéficier ce programme à tous les apprenants du pays et l’accord de diffusion signé avec ce quotidien.

Les Dépêches de Brazzaville LDB: Vous avez pris l’option de ne pas arrêter l’activité pédagogique en cette période de Covid-19, quelles sont les dispositions mises en place pour atteindre tous les élèves concernés à travers le pays ?

ACM : Il nous a fallu d’abord poser le cadre légal pour organiser l’enseignement en cette période. Nous avons eu l’avantage d’avoir déjà prévu un certain nombre de textes par le passé. Il s’agit notamment du décret n°2019-441du 30 décembre 2019 fixant les conditions d’organisation de l’enseignement dans la famille. En effet, ce texte avait prévu le mode d’apprentissage en faveur des élèves qui sont dans les localités privées d’écoles ou d’enseignants.

Ce sont les dispositions de ce décret que nous avons étendues à tous les élèves en cette période où ils sont justement privés d’école et d’enseignants du fait de ce qui se passe. Mais ce décret ne concerne que les enfants de 6 à 16 ans donc du CPI en troisième alors que l’école est fermée à tous les élèves.

Nous avons également activé le décret n°2017-518 du 29 décembre 2017 portant attribution et organisation de la direction générale de l’alphabétisation et de l’éducation non formelle. En effet, le texte nous permet de prendre en compte les candidats libres. Pour eux, il y a un dispositif d’accompagnement qui nous permet de mettre à leur disposition  afin qu'ils suivent les cours à domicile.

LDB : Vous associez également les établissements scolaires privés, est-ce qu’il y a un dispositif mis en place pour les accompagner ?

ACM : A ce niveau, il y a deux choses différentes : les cours en ligne et les moyens de communication entre les établissements pour maintenir la relation école/famille/enseignant/professeur au travers des réseaux sociaux (WhatsApp, Facebook). Au niveau des établissements scolaires publics comme privés, les responsables ont des registres matricules dans lesquels figurent les identités de tous les élèves. Donc, chaque établissement crée un groupe dans lequel il mettra tous les élèves, de sorte que s’ils ont une information à communiquer aux parents et aux élèves, ils la feront passer à ce niveau.

Le second volet, c’est celui des cours en ligne. Nous avons mis en place deux dispositifs. Il y a d’abord le site Web du ministère www.mepsa.org sur lequel vous pouvez cliquer pour être en communication avec le ministre et les cadres du ministère pour avoir accès à toutes les informations et à tous les cours qui seront disponibles en ligne. Le ministère est aussi en train de créer une application : école à domicile. Lorsque vous téléchargez cette application sur votre téléphone, vous aurez aussi des cours, des exercices et même des sujets corrigés. Les enfants peuvent télécharger cette application, la mettre sur leur téléphone et s’en servir même quand il n’y aura pas Internet. Ils n'auront besoin de l’Internet qu’au moment de téléchargement de cette application qui est compatible à tous les téléphones. Le dispositif en ligne profitera tant aux élèves du public qu’aux élèves du privé.

LDB : Quels sont les cours privilégiés pour les classes d’examen quand on sait qu’il y a des matières de base ?  

ACM : Non, nous publions tous les cours. Nous partons du principe que les enfants ne vont pas faire cours tout le troisième trimestre ou encore ils vont être amputés d’une bonne partie du trimestre, certainement la moitié du trimestre. Alors même qu’il est possible que nous reprenions les cours en mi-avril ou fin avril, ils n’auront plus le temps de recevoir encore ces enseignements et de se préparer pour les évaluations.

Nous avons pris des dispositions, après avoir fait le point sur l’avancement des programmes sur toute l’étendue du territoire national, nous avons commencé par là où la classe la plus en retard s’est arrêtée. Ce sont ces cours que nous avons reproduits dans les fascicules photocopiés pour les classes d’examen. Nous avons d’abord privilégié ces classes avant d’étendre le dispositif aux niveaux intermédiaires. Cela concerne toutes les disciplines sans exception.

LDB : Vous avez conclu avec le quotidien Les Dépêches de Brazzaville un partenariat pour la publication des cours chaque jour. Quel est le bien-fondé de cet accord ?

ACM : Oui, il est possible que des élèves de Brazzaville, Pointe-Noire et d’ailleurs n’aient pas très vite les cours, ils l’auront chaque jour et nous nous sommes appuyés sur Les Dépêches de Brazzaville parce que c’est un quotidien. Il suffira simplement de trouver 200 FCFA pour se procurer le journal chaque jour. Nous remercions les amis des Dépêches de Brazzaville d’avoir répondu avec promptitude à notre sollicitation. Dès demain, jeudi 26 mars, nous aurons les premiers cours, notamment ceux d’Histoire-Géographie.

De la même manière avec Télé-Congo, nous avons obtenu qu’au plus tard lundi, de 8 h à 14h, les plages horaires seront réservées à l’apprentissage. Selon un calendrier bien établi, il y aura deux heures pour les élèves en classes de CM2, deux heures pour les troisièmes et deux heures pour les terminales. Que ceux qui sont dans les classes intermédiaires ne s’inquiètent pas, nous le ferons également pour eux.

LDB : Comment faire pour se procurer le fascicule ?

ACM : Il n’est pas vendu. Nous avons en fonction des effectifs de chaque établissement. A part les fascicules, nous avons, par exemple pour les élèves de l’école primaire, prévu des manuels scolaires notamment pour quelques départements qui sont déjà disponibles. Les élèves du CP1 au CM2 auront les manuels de mathématiques, de français, le cahier d’activités pour leur permettre de suivre leurs enseignements à la maison. Les élèves du préscolaire auront les livres de jeu ou des bandes dessinées pour qu’ils puissent travailler avec les parents.

Le gouvernement a essayé de tout mettre en œuvre, de donner la chance aux enfants d’assurer la continuité pédagogique pour que ce temps ne puisse pas leur causer des ennuis parce que deux semaines d’interruption des cours est un grand danger pour la suite de la scolarité. Nous avons aussi à titre conservatoire pris une option pour des élèves des classes intermédiaires au cas où les cours ne reprenaient pas. A ce propos, les moyennes du premier et deuxième trimestre serviront au calcul de la moyenne générale de passage. L’élève qui a fait les compositions du 1er et 2e trimestre, s’il arrive que nous ne soyons pas à mesure de faire  au cours du 3e trimestre, s’il a eu 10/20 comme moyenne générale, il peut être considéré comme admis en classe supérieure.

Celui qui a une moyenne entre 8 et 9,99/20, on lui donnera la possibilité de passer une autre session de rattrapage. Pour les épreuves ratées pendant les deux derniers jours de compositions, les chefs d’établissement prendront les notes des devoirs départementaux pour calculer la moyenne de passage. A la limite, l’école n’est pas arrêtée. L’école se poursuit sous une autre forme, sous forme d’éducation non formelle.

Propos recueillis Par G G Kitina et Parfait Wilfried Douniama

Légendes et crédits photo : 

Le ministre Anatole Collinet Makosso/MEPSA

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