Afrique 2025 : une année de fractures politiques, de révoltes sociales et de recompositions géostratégiques

Mercredi 31 Décembre 2025 - 12:34

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L’année 2025 restera pour le continent africain comme l’une des plus instables depuis une décennie.

Coups d’État, crises post-électorales, conflits armés persistants, révoltes sociales urbaines et tensions diplomatiques ont dessiné une Afrique traversée par des lignes de fracture multiples. De l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique australe en passant par la Corne de l’Afrique et l’Afrique centrale, les dynamiques de pouvoir ont été profondément ébranlées. Derrière la diversité des situations nationales, un même fil conducteur se dessine : l’érosion de la légitimité politique, la montée des revendications sociales et la centralité accrue des enjeux sécuritaires et géoéconomiques.

Le retour du risque putschiste en Afrique de l’Ouest

- Bénin : le choc d’un coup d’État avorté

Le 7 décembre 2025, le Bénin - longtemps présenté comme un îlot de stabilité démocratique - a été confronté à une tentative de coup d’État menée par un groupe se revendiquant du « Comité militaire de refondation ». Rapidement déjouée, l’opération a néanmoins révélé des fractures au sein de l’appareil sécuritaire. Le président Patrice Talon a sollicité un appui militaire du Nigeria, qui a déployé des moyens aériens et terrestres autour des positions des putschistes. Cet épisode marque un tournant : la sécurité du Bénin est désormais perçue comme un enjeu régional, dans un contexte de contagion des coups d’État sahéliens vers les États côtiers.

- Guinée-Bissau : l’instabilité chronique confirmée

À l’inverse, le 26 novembre, la Guinée-Bissau a basculé. Un groupe militaire dirigé par Denis N’Canha a pris le pouvoir, suspendu le processus électoral et fermé les frontières. Le putsch est intervenu dans un climat de contestation post-électorale après une présidentielle dont les résultats étaient fortement disputés. Ce nouvel épisode confirme le statut de la Guinée-Bissau comme État vulnérable aux interférences militaires et aux économies criminelles, avec des implications directes pour la sécurité maritime et régionale en Afrique de l’Ouest.

Élections sous tension et crises de légitimité

- Tanzanie : la rue contre les urnes verrouillées

Les élections générales du 29 octobre ont été marquées par des contestations. Les manifestations parties de Dar es Salaam se sont rapidement étendues au reste du pays. En réponse, le pouvoir a imposé un couvre-feu, restreint l’accès à Internet et déployé l’armée. Cette séquence illustre une tendance continentale : la militarisation de la gestion des crises électorales.

- Cameroun : une crise post-électorale à haute intensité politique

Au Cameroun, la présidentielle du 12 octobre et la proclamation contestée de la victoire de Paul Biya ont déclenché une crise politique majeure. Des manifestations ont éclaté à Yaoundé, Douala et dans plusieurs villes secondaires. Cette crise s’inscrit dans un contexte de pression croissante d’une population jeune, urbaine et connectée, renforcée par l’activisme de la diaspora.

- Armées arbitres du pouvoir : Madagascar, un basculement de plus

À Madagascar, une contestation sociale née des coupures d’électricité et d’eau s’est transformée en soulèvement national. Après plusieurs semaines d’affrontements - 22 morts et des centaines de blessés - une partie de l’armée a basculé du côté des manifestants. Le 14 octobre, un régiment dirigé par le colonel Michael Randrianirina a annoncé la prise de pouvoir, après le départ d’Andry Rajoelina. L’événement confirme le rôle central des forces armées comme ultime arbitre politique dans plusieurs États africains fragilisés.

Conflits armés : l’Afrique centrale et la Corne sous pression

- RDC : l’Est toujours hors de contrôle

En République démocratique du Congo, l’année 2025 a été marquée par l’intensification des combats dans le Nord et le Sud-Kivu. Le groupe M23 a renforcé ses positions, provoquant le déplacement de plus d’un million de personnes. La crise congolaise reste un conflit régionalisé, mêlant enjeux sécuritaires, rivalités étatiques et contrôle des ressources stratégiques (coltan, or, cobalt), avec un impact direct sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

- Soudan : la spirale de la violence

Au Soudan, les affrontements entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR) se sont poursuivis. Le 26 octobre, la prise de contrôle totale d’El-Fasher par les FSR a marqué une étape dramatique du conflit. Les images de massacres diffusées sur les réseaux sociaux ont renforcé l’isolement diplomatique du pays et souligné l’impuissance de la communauté internationale face à une guerre civile à fragmentation rapide.

Révoltes sociales et crise du coût de la vie

- Angola : la rue contre les réformes économiques

À Luanda, la hausse brutale du prix du diesel a déclenché, fin juillet, des manifestations meurtrières. Les grèves des chauffeurs de taxis et de bus ont paralysé la capitale. Le bilan officiel fait état de 30 morts et 277 blessés. Cette crise illustre un dilemme continental : réformes économiques sous contrainte budgétaire contre acceptabilité sociale fragile.

- Kenya : jeunesse, colère et répression

En juin, le Kenya a été secoué par des manifestations massives contre le coût de la vie, le chômage et la corruption. La réponse sécuritaire - balles réelles et arrestations - a fait des dizaines de morts. Le Kenya, pourtant pilier de stabilité en Afrique de l’Est, montre les signes d’une fatigue sociale profonde, notamment chez les jeunes urbains.

- Afrique du Sud - États-Unis : une tension diplomatique inédite

La réforme agraire sud-africaine a provoqué une crise diplomatique majeure avec les États-Unis. Donald Trump a accusé Pretoria de « génocide contre les blancs », suspendu l’aide américaine et boycotté le G20 de Johannesburg. Au-delà de la polémique, cet épisode révèle une fracture idéologique et géopolitique croissante entre l’Afrique du Sud et certains cercles politiques occidentaux, dans un contexte de recomposition des alliances globales.

Une année charnière pour le continent

En 2025, l’Afrique apparaît à la croisée des chemins :

  • crise de légitimité des institutions,

  • retour du fait militaire,

  • pression sociale et démographique,

  • enjeux sécuritaires régionaux imbriqués,

  • montée en puissance de la bataille informationnelle.

Plus qu’une succession de crises nationales, 2025 révèle une reconfiguration systémique du pouvoir en Afrique dont les effets se feront sentir bien au-delà du continent.

Noël Ndong

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