Afrique : le cardinal Fridolin Ambongo : « la paix en Afrique dépend des Africains »

Vendredi 2 Janvier 2026 - 16:21

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L’année 2025 confirme une dégradation globale de la stabilité politique et sécuritaire du continent africain, marquée par la banalisation des coups d’État et des transitions militaires, des élections contestées et violentes, la persistance de conflits armés liés aux ressources stratégiques, une montée des radicalismes armés, une crise de gouvernance systémique.

Dans ce contexte, la parole du cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa en RDC et président du SCEAM, le Symposium des conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar, agit comme un signal d’alerte stratégique : la paix africaine ne peut être durable sans réappropriation politique, morale et économique du destin du continent par les Africains eux-mêmes, face aux prédations internes et externes.

Afrique de l’Ouest : risque élevé de rupture institutionnelle

Les pays clés concernés sont le Bénin, la Guinée-Bissau, la Guinée, la Côte d’Ivoire, et le Nigeria. Parmi les facteurs de risque figurent les tentatives et réussites de coups d’État (Bénin, Guinée-Bissau), la normalisation des régimes militaires convertis en pouvoirs civils, les scrutins verrouillés et l'exclusion de l’opposition, l'insécurité djihadiste persistante (Nigeria). Ainsi, l’Afrique de l’Ouest demeure un espace de compétition sécuritaire et d’influence régionale où les fragilités institutionnelles favorisent l’intervention indirecte d’acteurs régionaux, l’instrumentalisation de la frustration sociale par les militaires, l’expansion de groupes armés transnationaux. Le cardinal Ambongo situe ainsi le point d'alerte : « Tant que la redistribution des richesses se fera dans l’injustice, les coups d’État resteront une tentation permanente. »

Afrique centrale : conflits structurels et prédation des ressources

Les pays clés concernés sont la RDC et le Cameroun avec pour facteurs de risque le conflit armé chronique à l’Est de la RDC (M23, acteurs régionaux), la crise post-électorale au Cameroun après la réélection de Paul Biya, la répression des contestations, la radicalisation de certaines diasporas, les enlèvements et assassinats ciblant les chrétiens. La région constitue le cœur minéral stratégique du monde (cobalt, coltan, cuivre) au centre d’intérêts industriels mondiaux, de jeux d’influence régionaux, de complicités locales dans la captation des ressources. « L’Afrique est le puits des minerais stratégiques du monde, mais demeure le continent le plus pauvre : cette contradiction est une cause directe de la guerre », déclare le cardinal Fridolin Ambongo.

Afrique de l’Est : instabilité politique et sécuritaire persistante

Les pays clés concernés sont le Soudan, le Kenya, la Tanzanie. Les facteurs de risque sont multiples : guerre civile prolongée au Soudan (FSR vs armée), répression violente des manifestations sociales (Kenya), élections sans une vraie crédibilité démocratique (Tanzanie), restrictions des libertés fondamentales (Internet, couvre-feux). Or la région est stratégique pour les routes commerciales (mer rouge), les équilibres sécuritaires du Moyen-Orient, les rivalités entre puissances régionales et internationales. Le risque majeur serait l'effondrement prolongé de l’État soudanais et l'effet domino régional (réfugiés, groupes armés).

Afrique australe : tensions sociales et diplomatiques

Les pays clés concernés sont l'Afrique du Sud et l'Angola avec comme facteurs de risque des violences sociales liées au coût de la vie (Angola), des réformes agraires sensibles en Afrique du Sud, des tensions diplomatiques avec les États-Unis, l'instrumentalisation identitaire et raciale. Région historiquement plus stable, cependant, elle est confrontée à l’érosion du contrat social, des pressions économiques fortes, une reconfiguration des alliances internationales.

Facteurs transversaux de risque continental

Les risques sont d'ordre structurel, notamment le recul démocratique généralisé, la militarisation du pouvoir, une jeunesse marginalisée et migrante, la radicalisation religieuse armée, la faiblesse de la gouvernance des ressources naturelles.

Le discours du prélat Fridolin Ambongo introduit une dimension rarement intégrée dans les analyses classiques : la crise africaine est aussi morale, éthique et endogène, et pas uniquement sécuritaire ou institutionnelle.

Perspectives 2026 : deux scénarios en vue

Scénario 1 : inertie (probable) avec la poursuite des conflits, la stabilisation autoritaire, la dépendance accrue aux puissances extérieures. Scénario 2 : lrupture (souhaitable mais fragile) avec une pression populaire structurée, les réformes de gouvernance, la réappropriation africaine des ressources, le rôle accru des acteurs moraux et civils (Églises, société civile, diaspora constructive)

Pour conclure, la paix en Afrique n’est plus uniquement une question de médiation internationale ou de sécurité militaire. Elle dépend désormais de la capacité des sociétés africaines à rompre avec la logique de prédation, interne comme externe. Comme le résume le cardinal Fridolin Ambongo : « La balle est dans notre camp. »

Noël Ndong

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