L’Inde passe devant le Japon : ascension économique, pari stratégique et fragilités cachéesLundi 12 Janvier 2026 - 14:18 L’Inde vient de franchir un seuil symbolique : elle est désormais la quatrième économie mondiale, devant le Japon. Une bascule historique que New Delhi érige comme la preuve de son basculement définitif dans le club des puissances économiques majeures. Mieux encore, les autorités indiennes affirment viser la troisième place mondiale, actuellement occupée par l’Allemagne, d’ici à deux à trois ans. Selon la note économique de fin d’année du gouvernement, le PIB indien atteindrait 4 180 milliards de dollars, dépassant celui du Japon, et pourrait grimper à 7 300 milliards de dollars à l’horizon 2030. Une trajectoire que l’exécutif présente comme la confirmation d’une économie « parmi les plus dynamiques au monde ». Cette lecture est toutefois nuancée par les institutions internationales. Le Fonds monétaire international ne place officiellement l’Inde à la quatrième position qu’en 2026, avec un PIB estimé à 4 510 milliards de dollars, juste devant le Japon. Les États-Unis, la Chine et l’Allemagne restent, pour l’heure, le trio de tête. L’Inde, nouveau centre de gravité des stratégies globales Au-delà des classements, l’ascension indienne envoie un signal fort aux investisseurs et décideurs stratégiques. Dans un contexte de ralentissement économique chinois, de fragmentation du commerce mondial et de reconfiguration des chaînes de valeur, l’Inde apparaît de plus en plus comme l’alternative crédible à la Chine dans les stratégies de long terme. Son immense marché intérieur, sa démographie favorable - plus de 1,4 milliard d’habitants, dont un quart âgé de 10 à 26 ans - et sa croissance soutenue nourrissent cette dynamique. Pour New Delhi, il s’agit d’un levier de puissance géoéconomique autant que diplomatique. Résilience sous pression géopolitique Cette trajectoire se déploie pourtant dans un environnement tendu. Les États-Unis, premier partenaire commercial de l’Inde, ont imposé fin août une hausse de 50 % des droits de douane sur certains produits indiens, en représaille aux achats de pétrole russe par New Delhi. Un rappel brutal que l’Inde, malgré son poids croissant, reste exposée aux arbitrages géopolitiques des grandes puissances. La roupie indienne, en recul de près de 5 % en 2025, a atteint début décembre un plus bas historique face au dollar, alimentée par l’absence d’accord commercial avec Washington et par les inquiétudes des marchés. Le talon d’Achille : le niveau de vie Derrière la puissance macroéconomique, les fragilités sociales demeurent massives. Le PIB par habitant, à 2 694 dollars en 2024, reste très éloigné des standards japonais (32 487 dollars) et allemands (56 103 dollars). Le chômage des jeunes diplômés demeure élevé, malgré le dividende démographique. Conscient de ces limites, le Premier ministre Narendra Modi a annoncé des allégements fiscaux et des réformes du droit du travail, alors que la croissance a touché un plus bas niveau en quatre ans lors de l’exercice clos en mars. Une puissance en devenir, pas encore consolidée L’Inde s’impose désormais comme un acteur central de l’économie mondiale, capable de redessiner les équilibres globaux. Mais son ascension reste incomplète : la taille de l’économie progresse plus vite que la prospérité individuelle, et la puissance industrielle doit encore rattraper la puissance démographique. La quatrième place mondiale marque une étape. Le véritable défi sera de transformer cette masse économique en puissance inclusive, productive et durable - condition sine qua non pour rivaliser durablement avec l’Allemagne, puis la Chine. Noël Ndong Notification:Non |










