L’Afrique à l’épreuve de la doctrine Trump II : retrait stratégique et recomposition des partenariats

Jeudi 15 Janvier 2026 - 10:50

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Réduction de l’aide, retrait militaire et diplomatie minérale : les nouvelles lignes de fracture des relations américano-africaine.

Le début de la seconde administration Trump marque une inflexion nette de la politique étrangère américaine, dont les répercussions sur l’Afrique, bien que peu médiatisées, sont profondes. Fidèle à la doctrine « America First », Washington opère un recentrage assumé sur ses priorités intérieures - sécurité des frontières, souveraineté nationale, compétitivité économique - au détriment d’un engagement international structurant, notamment en matière d’aide au développement et de diplomatie multilatérale. Pour le continent africain, cette évolution se traduit par un désengagement progressif mais stratégique, aux conséquences géopolitiques durables.

Une diplomatie africaine marginalisée

L’Afrique demeure une priorité secondaire dans l’agenda diplomatique américain. Contrairement aux administrations Obama ou Biden, aucun sommet États-Unis–Afrique n’a été organisé, et l’engagement présidentiel direct reste limité. Washington privilégie désormais une diplomatie bilatérale ciblée, souvent pilotée depuis la Maison-Blanche, au détriment des organisations régionales africaines telles que l’Union africaine ou la CEDEAO. Cette approche contraste fortement avec celle de la Chine qui investit massivement les cadres multilatéraux africains pour y consolider son influence politique et économique. Cette diplomatie transactionnelle s’illustre par des initiatives ponctuelles, comme la médiation américaine entre le Rwanda et la RDC ou les accords liés aux ressources stratégiques. Elle marque cependant un recul clair de la promotion des valeurs démocratiques et des droits humains, longtemps constitutives du discours diplomatique américain en Afrique.

Le choc géoéconomique : fin de l’aide, incertitudes commerciales

Le démantèlement de l’USAID en 2025 constitue un tournant majeur. Pour plusieurs pays africains, l’aide américaine représentait plus de 20 % de l’aide publique au développement reçue. Sa suppression brutale fragilise des secteurs clés - santé, sécurité alimentaire, gouvernance - et accentue les vulnérabilités macroéconomiques. Des estimations évoquent plusieurs millions de personnes supplémentaires qui basculeront dans l’extrême pauvreté à l’horizon 2030. Parallèlement, l’expiration de l’AGOA en septembre 2025, sans véritable alternative régionale, affaiblit l’accès préférentiel des produits africains au marché américain. L’approche commerciale de Washington privilégie désormais des accords bilatéraux étroits, souvent liés à des enjeux stratégiques précis : minerais critiques, technologies numériques, infrastructures à double usage. Cette « diplomatie minérale » s’inscrit dans une logique d’intelligence économique visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines face à la Chine. Toutefois, les politiques tarifaires imprévisibles de l’administration Trump compliquent la projection des économies africaines, peu armées face aux guerres commerciales entre grandes puissances.

Sécurité et retrait militaire : le partage du fardeau

Sur le plan sécuritaire, la continuité est frappante. L’Afrique n’est pas considérée comme un théâtre stratégique prioritaire pour le Pentagone, focalisé sur la rivalité avec la Chine et la Russie. Le retrait progressif des forces américaines, illustré par la fermeture de la dernière base au Niger en 2024, confirme cette tendance. Les États-Unis encouragent désormais un « partage du fardeau », invitant les armées africaines à assurer leur propre sécurité. Les dispositifs multilatéraux, comme le G5 Sahel ou la MINUSMA, se sont effondrés sans solution de remplacement crédible. Si certains partenariats militaires persistent — exercices conjoints, programme de partenariat d’État (SPP) — ils restent principalement axés sur la formation et non sur l’engagement opérationnel. Ce désengagement crée un vide sécuritaire que d’autres acteurs tentent de combler. La Russie, bien que limitée par la guerre en Ukraine, et surtout la Chine, renforcent leur présence indirecte via des entreprises de sécurité privées, des infrastructures critiques et des coopérations sécuritaires discrètes.

Enjeux migratoires et diplomatie coercitive

Un axe central de la politique africaine de Washington concerne désormais la lutte contre l’immigration clandestine. Les accords d’expulsion de ressortissants de pays tiers vers certains États africains traduisent une diplomatie plus coercitive, suscitant de vives critiques des organisations de défense des droits humains. Pour certains gouvernements africains, ces accords deviennent néanmoins des leviers d’accès politique et économique auprès de l’administration américaine.

Perspectives : vers une Afrique plus stratégique qu’il n’y paraît

Si l’Afrique ne constitue pas une priorité immédiate pour Washington, l’ignorer serait une erreur stratégique. Le continent concentre une croissance démographique sans équivalent, des ressources critiques indispensables à la transition énergétique et un poids culturel croissant dans le soft power mondial. Dans un système international de plus en plus multipolaire, la compétition pour l’influence en Afrique s’intensifie. La doctrine Trump II acte la fin d’un engagement fondé sur l’aide et le multilatéralisme, au profit d’une relation fondamentalement transactionnelle. Pour les États africains, ce basculement pose un défi majeur : transformer le retrait américain en opportunité de diversification des partenariats, de renforcement de la gouvernance et de consolidation de leur autonomie stratégique. Pour les États-Unis, le risque est clair : céder durablement du terrain dans une région appelée à jouer un rôle central dans l’équilibre géopolitique du XXIᵉ siècle.

Noël Ndong

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