CEMAC : sommet extraordinaire à Brazzaville face au risque d’un choc économique et monétaire

Mercredi 21 Janvier 2026 - 10:58

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Les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) sont convoqués à un sommet extraordinaire le 22 janvier à Brazzaville, à l’initiative du président Denis Sassou N'Guesso, président en exercice de la Conférence des chefs d’État.

Organisée à peine quatre mois après la dernière session ordinaire, cette rencontre traduit un sentiment d’urgence inédit au sommet de l’architecture communautaire. L’objectif est clair : anticiper un choc économique, financier et monétaire susceptible de frapper la sous-région au premier trimestre 2026 dans un contexte international tendu.

Une conjoncture internationale de plus en plus contraignante

La CEMAC évolue dans un environnement mondial marqué par le resserrement durable des conditions financières, la volatilité des prix des matières premières, la recomposition des chaînes de valeur et le durcissement des exigences des bailleurs internationaux. Pour des économies dépendantes des hydrocarbures et des exportations primaires, le risque est double : choc de recettes et tension sur les équilibres extérieurs. La baisse attendue des cours pétroliers, combinée à la remontée des taux d’intérêt et à l’érosion des marges budgétaires, pourrait exercer une pression sur les réserves de change, déjà sous surveillance étroite de la BEAC et du FMI. Or, la stabilité du franc CFA d’Afrique centrale repose précisément sur le niveau de ces réserves et sur la discipline macroéconomique collective.

Fragilités internes et risque de contagion

Au-delà du contexte externe, plusieurs États de la sous-région demeurent confrontés à des déséquilibres structurels : endettement élevé, faiblesse de la mobilisation des recettes non pétrolières, retards dans les réformes budgétaires et dépendance prolongée aux appuis extérieurs. Dans ce contexte, un choc asymétrique - touchant un ou deux pays de manière aiguë - pourrait rapidement devenir systémique, mettant à l’épreuve la solidarité communautaire et la crédibilité de la gouvernance monétaire commune. C’est précisément ce risque de contagion financière et monétaire que le sommet de Brazzaville entend traiter en amont, en explorant des réponses coordonnées plutôt que nationales.

Au cœur des discussions : discipline, réformes et crédibilité

Les chefs d’État devraient examiner plusieurs dossiers notamment l’état des finances publiques dans chaque pays membre, la soutenabilité des programmes avec le FMI, la coordination des politiques budgétaires et monétaires, le renforcement du rôle des institutions communautaires, notamment la BEAC et la Commission de la CEMAC. En filigrane, se pose une question centrale : la CEMAC peut-elle encore fonctionner comme une union monétaire crédible sans accélération des réformes structurelles et sans discipline collective renforcée ?

Un sommet test pour la gouvernance régionale

La tenue de ce sommet extraordinaire, en dehors du calendrier habituel, constitue un signal politique fort adressé aux marchés, aux partenaires techniques et financiers, mais aussi aux opinions publiques. Il s’agit de démontrer que la sous-région est capable de prévenir plutôt que subir, d’anticiper plutôt que gérer dans l’urgence. A Brazzaville, les dirigeants de la CEMAC joueront donc plus qu’un simple ajustement technique : ils devront réaffirmer la viabilité du projet monétaire commun, dans un moment où la moindre hésitation pourrait se traduire par une perte de confiance coûteuse. L’enjeu dépasse janvier 2026 : il touche à la crédibilité économique et politique de l’Afrique centrale dans un monde devenu nettement moins indulgent.

Noël Ndong

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