Congo Telecom : un nouveau départ pour ses agents

Mercredi 11 Février 2026 - 11:30

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Le directeur général de Congo Telecom, Yves Castanou, a annoncé, le 23 décembre dernier, le retour à 100 % de la convention collective. Après vingt ans de réduction salariale consentie pour la survie de l'entreprise, l’opérateur historique restaure les droits de son personnel. Une décision qui marque un tournant stratégique pour l'opérateur.

Depuis 2006, Congo Telecom fonctionnait sous une convention collective tronquée, appliquée au rabais avec seulement 55 % de la grille salariale, des primes réduites proportionnellement et des indemnités minimales. L’amputation avait un objectif simple : assurer la viabilité opérationnelle de l’entreprise en période de fragilité financière. Pendant vingt ans, le personnel a accepté ce régime d'exception, se privant volontairement de l'accès à ses droits conventionnels complets pour maintenir l'opérateur à flot.

À la réunion de bilan de fin d'exercice du 23 décembre 2025, Yves Castanou et son comité de Direction ont annoncé la restauration intégrale de la convention collective. L'opérateur passe désormais à 100 % des droits conventionnels pour l'ensemble de ses agents. Cette action vient rétablir les agents de Congo Telecom dans leurs droits longtemps suspendus.

La restauration s’inscrit dans un contexte stratégique précis. Congo Telecom poursuit, en effet, son plan Transform, un projet visant à optimiser ses investissements, affiner sa structure de coûts, renforcer ses équipes, étendre sa couverture réseau et améliorer son offre commerciale. Le comité de direction a délibérément placé la stabilité sociale au cœur de cette transformation, reconnaissant qu'on ne peut pas réussir un tel changement avec des équipes en tension permanente.

Au cours des cinq dernières années, Congo Telecom a engagé plusieurs mesures pour concrétiser cette priorité. L'opérateur a notifié 100 % de la dette sociale accumulée, liquidant ainsi un passif qui aurait empoisonné chaque future négociation. Il a mis en place une couverture maladie chez un assureur spécialisé, un gain non monétaire mais très tangible pour les familles. Parallèlement, il a maintenu 95 % de ses effectifs en postes formalisés et accéléré sa politique de formation, avec 76 % du programme 2025 déjà exécuté. Toutes ces mesures alimentent directement le plan Transform en stabilisant les ressources humaines, condition préalable à tout changement opérationnel.

Un pari salué

En Afrique centrale, peu d'opérateurs osent prendre cette voie. La plupart préfèrent maintenir les réductions salariales le plus longtemps possible, invoquant la fragilité financière persistante. Congo Telecom fait le pari inverse : que la motivation des équipes importera plus que les économies réalisées sur deux décennies. Ce calcul suppose que l'opérateur parviendra à croître sur ses nouveaux marchés et que cette croissance justifiera le coût des droits restaurés.

Que ce soit en présentiel et en ligne, l’annonce de cette décision a été chaleureusement accueillie par l’ensemble des agents. Pour le personnel de Congo Telecom, cette restauration met fin à vingt années de sacrifice consenti.

Le directeur général, à la tête de l’opérateur nationale depuis avril 2020, a toutefois tenu à rappeler que la situation financière reste fragile. Cette restauration n'est pas un blanc-seing donné aux agents, elle est conditionnée à une mobilisation collective. En d'autres termes, le personnel retrouve ses droits mais doit les justifier par sa performance. C'est un contrat implicite où chaque partie reconnaît ses obligations.

Congo Telecom ne dit pas pour autant que tout est réglé. La convention collective reconsidérée est un cadre, pas une garantie de succès. La véritable épreuve arrivera quand il faudra transformer ces engagements en résultats commerciaux concrets : gains de marché, lancement réussi de la 4G mobile, rentabilité. Pour l'heure, l'opérateur a choisi de rester les yeux rivés sur ses objectifs, sans se laisser déconcentrer. C'est déjà une discipline que peu d'opérateurs africains parviennent à tenir.

Quentin Loubou

Légendes et crédits photo : 

Yves Castanou, à gauche, lors de la réunion bilancielle de décembre 2025/ Adiac

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