Santé mentale : reconnaître la souffrance psychique et consulter au bon moment

Vendredi 13 Février 2026 - 17:15

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La psychologue congolaise Basilia a animé, le 12 février à Brazzaville, une conférence dense et passionnante sur le thème encore sensible dans les sociétés africaines, « Comprendre la souffrance psychique : quand il est pertinent de consulter un professionnel plutôt qu’un guérisseur ». 

La psychologue Basilia interroge : d’après les chiffres alarmants sur le stress au travail, jusqu’à 42,86 % chez les médecins spécialistes, doit-on vraiment continuer à considérer la santé mentale comme un sujet tabou ? Pour elle, la souffrance psychique n’est pas une simple tristesse passagère. C’est un état de mal-être profond, émotionnel et mental, qui dérègle le quotidien, les relations, le sommeil, l’estime de soi et peut aller jusqu’à susciter des idées suicidaires. Elle rappelle qu’une émotion ne dure naturellement que quelques minutes. « Si elle persiste, c’est qu’elle est entretenue par des pensées répétitives », a-t-expliqué lors de sa communication. Les causes sont multiples : deuils, violences, séparations, précarité, traumatismes, charge mentale familiale, honte de l’échec…

Par de nombreux exemples cliniques, Basilia illustre la puissance du mental sur le corps. Elle évoque cette patiente qui, souffrant de violentes douleurs abdominales inexpliquées, s’est progressivement apaisée grâce à la thérapie, une fois ses traumatismes révélés. « Le corps parle avant que le mental n’ose dire que quelque chose ne va pas », a-t-elle souligné. Le public a aussi eu droit au récit de cette fillette de 5 ans devenue muette soudainement. Alors que la famille interprétait la situation à travers des croyances spirituelles, la thérapie par le jeu a permis de révéler un abus sexuel. « Le rôle du psychologue est aussi de désarmer les récits toxiques qui aggravent la souffrance », a-t-elle affirmé.

La psychologue aborde ensuite un point délicat : le recours fréquent aux guérisseurs, marabouts ou leaders religieux. Une pratique culturellement installée en Afrique, souvent mobilisée par le besoin d’espoir immédiat. Elle ne dénigre pas ces traditions, mais en interroge les limites. « L’enjeu n’est pas de choisir entre tradition et psychologie, mais de savoir à quel moment la tradition atteint ses limites et doit laisser place au soin du psychique », a-t-elle fait savoir.

Quand consulter ?

À la question : quand consulter ? Basilia répond sans détour : « Dès que la souffrance devient envahissante et vous empêche de vivre, de dormir, de travailler ou même d’aimer ». Attendre ne fait qu’aggraver les symptômes, tout comme ignorer un bruit anormal dans un moteur. « Si votre voiture mérite une révision, pourquoi pas vous ? ». Elle conclut sur une note d’espoir : « Il n’est jamais trop tard pour personne. Prendre soin de soi, c’est aussi protéger les générations futures ».

Après la communication de la psychologue, la parole a été donnée au public qui se composait de plusieurs autorités parmi lesquelles les ministres Inès Nefer Ingani et Jacqueline Lydia Mikolo qui ont non seulement salué la qualité de la conférence mais surtout émis le vœu de perpétuer une telle initiative en vue d’une meilleure prise de conscience sur la question de la santé mentale en République du Congo. Même sentiment pour la représentante résidente de l’Unesco, Fatoumata Barry Marega, qui se montre ouverte pour tout accompagnement dans le cadre des initiatives locales à mener en lien avec la santé mentale.

Merveille Jessica Atipo

Légendes et crédits photo : 

1- La psychologue Basilia lors de sa communication/Adiac ; 2- Le conseiller spécial du président de la République entouré des membres du gouvernement et de la représentante de l’Unesco/Adiac

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