Afrique–Russie : le grand basculement stratégiqueMercredi 18 Février 2026 - 8:45 Après avoir rompu avec l’Occident depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, Moscou accélère un mouvement amorcé dès le milieu des années 2010 : le redéploiement stratégique vers l’Afrique. La tenue, en décembre dernier au Caire, de la deuxième conférence ministérielle du Forum de partenariat Russie-Afrique, préparatoire au troisième sommet prévu en 2026 après Sotchi (2019) et Saint-Pétersbourg (2023), illustre cette dynamique de long terme. Une stratégie d’influence multidimensionnelle Contrairement au récit d’un isolement total, la Russie conserve des marges diplomatiques significatives. Selon le ministère russe des Affaires étrangères, dix-sept États africains ont conduit des entretiens bilatéraux en marge de la conférence, aux côtés de représentants de l'Union africaine et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La présence du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a donné une forte portée politique à l’événement. L’Afrique représente pour Moscou un triple levier : diplomatique, économique et symbolique. Sur le plan multilatéral, de nombreux États africains ont adopté une posture de neutralité lors des votes à l’Organistation des Nations unies relatifs à l’Ukraine, confirmant une tradition de non-alignement. « Nous ne voulons pas être entraînés dans une nouvelle guerre froide », confiait en 2023 un diplomate africain, résumant une position largement partagée. Sur le plan économique, la Russie s’impose comme un acteur clé des marchés agricoles et énergétiques. En 2023, elle a fourni 65 % du blé importé par l’Égypte, premier importateur mondial, consolidant un levier d’influence stratégique. Les exportations russes vers l’Afrique ont dépassé 20 milliards de dollars en 2022, dominées par les céréales, les hydrocarbures et l’armement. Défense, sécurité et projection de puissance La dimension sécuritaire complète cette architecture. Moscou a accru sa présence militaire via des instructeurs et des contingents liés au groupe Wagner, puis à l’« Africa Corps ». Cette coopération, présentée comme un appui à la lutte contre les groupes djihadistes au Sahel ou en Centrafrique, participe d’une stratégie d’implantation durable. Selon le Sipri, la Russie représentait environ 40 % des importations d’armes africaines entre 2018 et 2022. Cette présence militaire s’inscrit dans une logique géostratégique plus large : accès aux ressources minières, influence sur les corridors énergétiques et capacité de projection en Méditerranée et dans la Corne de l’Afrique. L’Égypte, pivot régional et rivalités latentes Le choix du Caire consacre l’Égypte comme partenaire clé. La coopération structurante inclut la construction de la centrale nucléaire d’El-Dabaa par Rosatom, un projet estimé à plus de 25 milliards de dollars, ainsi qu’une zone industrielle russe près du canal de Suez. Au-delà de l’économie, Le Caire cherche à s’imposer comme hub diplomatique africain, notamment face à Addis-Abeba, siège de l’Union africaine. Cette rivalité se double de tensions autour du Grand barrage de la Renaissance, mis en service en 2025, que l’Égypte considère comme une menace existentielle pour sa sécurité hydrique. À l’horizon 2026, l’enjeu du sommet Russie-Afrique dépasse le protocole : il cristallise un basculement géopolitique où l’Afrique devient un théâtre central des recompositions de puissance, entre diversification des partenariats, compétition des influences et redéfinition des rapports Nord-Sud. Noël Ndong Notification:Non |










