Uranium nigérien : Orano plaide pour la négociation face au tournant souverainiste de Niamey

Lundi 23 Février 2026 - 9:36

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Le bras de fer entre le groupe nucléaire français Orano et les autorités du Niger franchit une nouvelle étape diplomatique et stratégique. Nationalisation, arbitrages internationaux et recomposition géostratégique sont autour d’une ressource critique.

 Le directeur général d'Orano, Nicolas Maes, a appelé publiquement, vendredi dernier, à l’ouverture de discussions avec Niamey afin de sortir de l’impasse liée à l’exploitation de l’uranium nigérien. « Il faut qu’on se mette autour d’une table pour discuter, parce qu’il y a beaucoup de façons d’envisager le sujet », a-t-il déclaré lors de la présentation des résultats annuels du groupe, dans des propos relayés par TV5 Monde. Insistant sur « la meilleure solution pour le Niger, pour nous et pour les mines », il a plaidé pour « des solutions négociées », mettant en avant la stabilité des salariés et la pérennité des sites.

Un tournant politique majeur

La crise trouve son origine dans le coup d’État du 26 juillet 2023, qui a profondément redéfini les orientations stratégiques du Niger. Les nouvelles autorités ont rompu les accords miniers avec la France et décidé de nationaliser la Société minière de l'Aïr, exploitante majeure de l’uranium, détenue à 63,40 % par Orano. Ce geste s’inscrit dans une logique souverainiste affirmée, marquant la volonté de Niamey de reprendre le contrôle direct de ses ressources stratégiques. L’uranium nigérien, pilier de l’économie nationale et ressource clé pour l’industrie nucléaire mondiale, devient ainsi un levier politique et géoéconomique.

Arbitrages et rapports de force

S’estimant lésé, Orano a engagé plusieurs procédures d’arbitrage auprès d’instances internationales compétentes. Cette judiciarisation du conflit traduit son internationalisation, avec en toile de fond les enjeux d’approvisionnement énergétique européens et la redéfinition des partenariats en Afrique de l’Ouest. Pour la France, historiquement dépendante de l’uranium nigérien pour son parc nucléaire, la situation soulève des questions de sécurité énergétique et d’influence diplomatique. Pour le Niger, la nationalisation vise à renforcer la souveraineté économique et à diversifier ses partenaires stratégiques.

Une recomposition régionale

Au-delà du face-à-face Orano–Niamey, cette crise illustre un basculement plus large en Afrique sahélienne : remise en cause des accords hérités, affirmation de nouvelles alliances et reconfiguration des flux d’investissements. Le silence officiel des autorités nigériennes après l’appel d’Orano souligne la fermeté de leur position. La suite dépendra de la capacité des deux parties à trouver un compromis conciliant souveraineté nationale et stabilité contractuelle. À défaut, le contentieux pourrait redessiner durablement les équilibres énergétiques et diplomatiques entre l’Europe et l’Afrique.

Noël Ndong

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