Cameroun : création de la fonction de vice-président, une réforme stratégique au cœur des débatsDimanche 5 Avril 2026 - 21:38 Le Parlement camerounais a approuvé à une large majorité la modification constitutionnelle instituant la fonction de vice-président, marquant un tournant majeur dans l’architecture institutionnelle du pays. Lors de la séance plénière, le président de l’Assemblée nationale, Theodore Datouo, a annoncé que le texte avait été adopté par 200 voix pour, 18 contre et 4 abstentions, après un vote conjoint avec le Sénat. La réforme prévoit que le président nomme le vice-président, qui prendra automatiquement ses fonctions en cas de décès, démission ou incapacité du président, et terminera le mandat en cours. Selon les autorités, l’objectif est clair : « Garantir la continuité de l’État et prévenir tout vide du pouvoir qui pourrait déstabiliser le pays », a déclaré un porte-parole du gouvernement. Sur le plan national, cette mesure offre une sécurité institutionnelle face à l’avancée en âge du président Paul Biya, âgé de 93 ans. Les avantages sont immédiats : la continuité de l’exécutif est assurée, la planification stratégique de l’État peut se poursuivre sans interruption, et la réforme pourrait rassurer les investisseurs et partenaires internationaux sur la stabilité politique du Cameroun, un point crucial pour la région d’Afrique centrale où la gouvernance reste un facteur déterminant de l’attractivité économique. Pourtant, cette décision soulève des critiques. L’opposition pointe du doigt le caractère nommé du vice-président, qui, selon elle, « affaiblit la légitimité démocratique et ouvre la porte à un transfert de pouvoir non électif ». Des observateurs notent que cette concentration du pouvoir pourrait accentuer les forces diffuses et souterraines dans la vie politique camerounaise, favorisant un contrôle accru de l’exécutif sur les institutions et les élites régionales. La dimension géopolitique n’est pas négligeable. Un vice-président nommé pourrait jouer un rôle clé dans la continuité des relations diplomatiques et sécuritaires, notamment avec la Communauté économique des États de l'Afrique centrale et la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale, en maintenant la cohésion stratégique dans un contexte régional marqué par des crises au Sahel et en Afrique centrale. Par ailleurs, ce mécanisme réduit le risque de turbulences internes susceptibles d’affecter la coopération économique et les projets transfrontaliers. Cependant, la réforme comporte des limites. L’absence de participation directe du peuple à ce choix pourrait exacerber les tensions politiques et renforcer les critiques sur la transparence démocratique. La cohésion nationale dépendra désormais de l’acceptation sociale de cette nomination et de la capacité du vice-président à représenter une légitimité partagée, au-delà de la simple désignation présidentielle. En résumé, la création du poste de vice-président au Cameroun représente un instrument géostratégique de continuité et de stabilité, mais son succès dépendra de l’équilibre subtil entre sécurité institutionnelle et perception démocratique, dans un contexte national et régional où les forces diffuses et souterraines continuent de structurer les rapports de pouvoir. Noël Ndong Notification:Non |










