Qualité de service des réseaux mobiles : l'ARPCE monte la pression sur MTN et Airtel

Jeudi 9 Avril 2026 - 16:10

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L'Agence de régulation des postes et des communications électroniques (ARPCE) a signifié, mercredi 8 avril, une mise en demeure aux deux opérateurs mobiles MTN Congo et Airtel Congo, à l'issue des campagnes de drive test conduites en février 2026 dans vingt localités de l'intérieur du pays. Les résultats révèlent des progrès réels mais jugés insuffisants.

Les équipes de la Direction des réseaux et services de communications électroniques (DRSCE) de l'ARPCE ont conduit, du 6 au 23 février 2026, une campagne d’évaluation de la qualité de service sur les réseaux mobiles de MTN Congo et Airtel Congo. Vingt localités réparties sur l'ensemble du territoire national ont été testées, du Kouilou à la Likouala, en passant par le Niari, la Bouenza, la Sangha et les Plateaux, sur les technologies 2G, 3G et 4G, aussi bien pour les appels voix que pour la navigation internet. La réunion de restitution des résultats, présidée par Benjamin Mouandza, le DRSCE, en présence des représentants des deux opérateurs, n'a pas seulement servi de bilan. Elle a débouché sur une mise en demeure formelle, assortie d'un délai de six mois correspondant à la date de la prochaine campagne.

Les mesures portaient sur une série d'indicateurs techniques précis (taux d'établissement des appels, qualité sonore, temps de connexion, débit internet, continuité du signal lors des déplacements) chacun soumis à un seuil réglementaire défini par décision de l'ARPCE. Un système de notation par codes couleur permet de comparer les performances d'un semestre à l'autre et d'identifier clairement les zones où les engagements de couverture et de qualité ne sont pas tenus.

Au sud, des progrès tangibles mais encore fragiles

Le bilan global est contrasté selon les départements et les technologies. Dans la partie sud du pays (le Kouilou, le Niari, la Lékoumou, la Bouenza et le Pool), la situation est globalement plus satisfaisante, surtout sur les réseaux 3G. MTN y obtient un score de 198 points sur 210, Airtel 174 sur 210. Sur les réseaux 2G, plus anciens mais encore largement utilisés dans les zones reculées, les deux opérateurs accusent davantage de difficultés : MTN totalise 167 points sur 240, Airtel 161. Komono, dans la Lékoumou, est la seule localité où les deux réseaux affichent conjointement une bonne qualité de service sur l'ensemble des critères évalués.

Sur la 4G, l'avance de MTN est significative. Alors qu'aucune de ces localités de l'intérieur ne bénéficiait du haut débit mobile en fin 2024, onze d'entre elles sont désormais couvertes, dont Komono, nouvellement intégrée ce semestre. Airtel, en revanche, reste absent de la 4G dans cinq localités, Mossendjo, Lékana, Sembé, Enyellé et Bétou, une lacune qui pèse sur l'accès au haut débit dans des zones pourtant significatives. MTN a confirmé que Bétou et Enyellé figureront dans son prochain plan d'extension, dont les détails seront communiqués dans les deux prochaines semaines. L'opérateur a salué les effets de sa politique de rigueur interne : « Nous avons mis beaucoup de discipline et les résultats sont là. »

Au nord, un réseau fragilisé par les défaillances du backbone

Dans la partie nord du pays (les Plateaux, la Cuvette, la Cuvette-Ouest, la Sangha et la Likouala), le tableau est nettement plus préoccupant. En 2G, les deux opérateurs affichent des résultats critiques dans pratiquement toutes les localités visitées. En 3G, MTN tient ses indicateurs dans des villes comme Lékana, Djambala, Boundji, Makoua, Ewo et Pokola, mais enregistre des défaillances sérieuses à Enyellé et Bétou. Airtel accumule les zones rouges : à Sembé, Enyellé et Bétou, presque tous les paramètres mesurés sont en deçà des seuils réglementaires. Sur les réseaux 3G au nord, MTN obtient 176 points sur 210 ; Airtel n'en totalise que 119, score nettement insuffisant. En 2G, les deux opérateurs sont respectivement à 146 et 141 sur 240.

Airtel a mis en avant une circonstance aggravante pour expliquer ces résultats : sa dépendance totale à la fibre optique de Congo Télécom pour acheminer le trafic depuis ses sites du nord vers le reste du réseau. L’infrastructure qui porte l'ensemble du trafic entre les différents nœuds a connu de nombreuses interruptions durant la période d'évaluation. « C'est ce qui explique le mauvais réseau dans la partie nord », contraint de fonctionner uniquement sur son backbone de secours, de capacité beaucoup plus limitée, l'opérateur a vu ses performances chuter, a reconnu son représentant en séance. Des backbones de capacité supérieure sont en cours de déploiement et un plan de modernisation complet sera présenté avant la fin du mois.

L'itinérance effective, la mise en demeure signifiée

Un point positif a été relevé pour les deux opérateurs : les campagnes de drive test conduites sur les routes nationales 1 et 2 confirment que le service d'itinérance, c'est-à-dire la continuité de la connexion lorsqu'un abonné passe dans la zone de couverture de l'autre opérateur, est désormais pleinement opérationnel. Le régulateur a expressément noté cette avancée comme une satisfaction.

Face à l'ensemble de ces résultats, la DRSCE n'a pas seulement pris acte des engagements. Benjamin Mouandza a annoncé la notification formelle de mises en demeure aux deux opérateurs : « On va vous servir des mises en demeure. » Ces actes réglementaires, d'une durée de six mois cette fois-ci, fixent une échéance claire. La prochaine campagne d'évaluation servira de verdict. Le DRSCE a également rappelé deux obligations que les opérateurs ne sauraient ignorer : toute modification de l'architecture de leur réseau doit être préalablement déclarée et régularisée auprès de l'ARPCE, et le déploiement de terminaux satellitaires à titre expérimental est soumis à une autorisation expresse du régulateur. Des exigences de gouvernance qui prennent tout leur sens dans un contexte où les opérateurs multiplient les solutions techniques alternatives pour pallier les lacunes de l'infrastructure nationale. Six mois. C'est le temps imparti à MTN et Airtel pour démontrer, chiffres à l'appui, que la qualité de service n'est pas seulement une promesse commerciale, mais une obligation réglementaire.

 

 

 

Quentin Loubou

Légendes et crédits photo : 

L'ARPCE et les opérateurs lors de la réunion

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