Pêche africaine : souveraineté maritime sous contrainte globale, le cas de l'Afrique centrale

Vendredi 10 Avril 2026 - 13:32

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Face à l’intensification de la pêche illégale et à la raréfaction des ressources halieutiques, l’Afrique redéfinit progressivement sa stratégie maritime. 

L’appui technique de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) s’inscrit dans la dynamique d'offrir aux États un cadre pour concilier durabilité écologique, rentabilité économique et montée en gamme des filières locales. Dans un contexte où les ressources maritimes deviennent un enjeu de puissance, notamment en Afrique centrale, cette coopération revêt une portée géoéconomique majeure. Selon Paul Batibonak, l'un des négociateurs  sur la Genève internationale, « quoi qu’on en veuille à l’OMC, elle contrôle 98 % du commerce mondial », soulignant ainsi le poids structurant de l’institution dans la gouvernance des échanges. Pour les pays africains, l’enjeu est double : s’insérer dans les règles du commerce international tout en préservant leurs intérêts stratégiques. La régulation des subventions à la pêche, en limitant la surcapacité, permet de restaurer les stocks halieutiques et de sécuriser à terme la sécurité alimentaire.

Cependant, la réalité du terrain demeure préoccupante. La pêche illicite, non déclarée et non réglementée, coûte environ 11,5 milliards de dollars par an au continent, selon l’Union africaine. En Afrique centrale, où les capacités de surveillance maritime restent limitées, cette économie parallèle fragilise les États, prive les communautés de revenus et alimente des réseaux transnationaux. À cela s’ajoutent des infrastructures portuaires insuffisantes, une faible transformation locale et une dépendance accrue aux exportations brutes. Le cas du Cameroun illustre ces tensions. Avec un littoral stratégique sur le golfe de Guinée, le pays fait face à une pression croissante sur ses ressources maritimes, tout en cherchant à structurer une filière halieutique compétitive. « L’accord a été légèrement moins bien négocié qu’il ne le fallait », reconnaît Paul Batibonak, tout en soulignant que les États africains peuvent exploiter les flexibilités existantes pour renforcer leurs capacités productives dans leurs zones économiques exclusives.

Dans cette perspective, l’assistance technique de l’OMC apparaît comme un levier stratégique. Elle permet aux États d’optimiser leurs subventions, de mieux cibler les investissements et de soutenir les petites et moyennes entreprises locales, notamment dans la transformation et la distribution. En interdisant les subventions à la pêche illégale, l’OMC ouvre également la voie à une récupération potentielle de plus d’un milliard de dollars par an, même avec une réduction partielle (10 %) de l’activité illicite. Au-delà de la régulation, c’est toute une bataille de souveraineté économique qui se joue. Dans un contexte de compétition accrue pour les ressources maritimes, impliquant puissances étrangères et flottes industrielles, l’Afrique centrale doit renforcer ses capacités de contrôle, mutualiser ses moyens au niveau régional et investir dans la chaîne de valeur.

Ainsi, loin d’être un simple enjeu sectoriel, la pêche devient un pivot stratégique : entre sécurité alimentaire, stabilité sociale et positionnement dans les échanges mondiaux, elle incarne l’un des fronts majeurs de la souveraineté africaine au XXIᵉ siècle.

 

Noël Ndong

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