Congo. Accélération de la marche: sont-ils tous prêts?Samedi 9 Mai 2026 - 14:45 Digitalisation des régies financières, lancement sans délai de la réhabilitation du Chemin de fer Congo-Océan, désenclavement de l’arrière-pays à travers la réalisation des routes d’intégration régionale dans la Sangha, la Likouala et le Niari. À en croire ces instructions « urgentes » du président de la République relayées dans le compte-rendu du tout premier Conseil des ministres tenu le 6 mai dernier, le signal est donné pour « l’accélération de la marche vers le développement ». Avec qui ? Élu à une écrasante majorité des voix au terme de l'élection des 12 et 15 mars, le président Denis Sassou N'Guesso a prêté serment le 16 avril, lors d’une cérémonie grandiose au stade de la Concorde de Kintélé, au Nord de Brazzaville. Le 19 avril, le chef de l’État a renouvelé sa confiance à Anatole Collinet Makosso, son Premier ministre depuis le 12 mai 2021. Et tout de suite mis en place la nouvelle équipe gouvernementale rendue publique, le 24 avril, par son directeur de cabinet, le ministre d'État Florent Ntsiba, reconduit dans la prestigieuse fonction qu'il exerce depuis le 22 août 2017. La liste publiée au soir du 24 avril est-elle trop longue ? Les Congolais se sont posé la question aussitôt sa publication. Pas pour rien. C'est, en effet, la première fois que sont alignés 41 noms de ministres dans une équipe gouvernementale et l’on pourrait avancer le chiffre de 42 si l'on compte le premier d'entre eux. Comme quoi « à charges lourdes, suffisamment de bras ! ». Mais qui sont-ils ces heureux « élus » et qu'ont-ils en tête au moment de leur entrée en fonction au regard de l’engagement présidentiel d’accélérer, dans les cinq prochaines années, la marche du Congo vers le développement ? Entre une lecture à tête reposée mais brève des parcours des uns et des autres et une mise en perspective de propos recueillis au cours de la vingtaine de cérémonies de remise et reprise, la tentation d’y voir un peu plus clair est grande mais non exhaustive. Décryptage. Anatole Collinet Makosso : confiance réitérée Le président de la République n’a pas changé de Premier ministre à l’entame de son nouveau mandat qui court jusqu’en 2031. Peut-être que la décision de garder Anatole Collinet Makosso (ACM) avait été prise à l’avance, sous nos yeux, quand on pense à sa désignation en qualité de directeur de campagne adjoint du candidat de la Majorité présidentielle, tout juste derrière le secrétaire général du Parti congolais du travail, Pierre Moussa. Entretemps, les langues s’étaient déliées pour lui trouver un remplaçant et les noms avaient circulé. L’intéressé n’a pas manqué de retourner la boutade à ses détracteurs qui lui opposaient la complainte « Mokolo tonga » de Franco Luambo Makiadi. ACM reprend sa place et en sait gré au chef de l’État pour cette confiance renouvelée. Marcher plus vite que d’ordinaire, telle est la mission qui commence pour lui et son gouvernement. Jean-Jacques Bouya : un cran au-dessus Nommé vice-Premier ministre, Jean-Jacques Bouya voit ses responsabilités étoffées. Surtout il reste dans le domaine des grands travaux et devra avoir en tête de poursuivre sa mission en apportant des correctifs nécessaires là où il le faut. Les Congolais, il le sait, jugent sur pièce la qualité des multiples infrastructures de base dont le pays se dote à bon rythme depuis les dernières décennies qui lui assurent une solide base de développement. Pierre Oba : de grands dossiers politiques En héritant du ministère d’État à la présidence de la République chargé des affaires politiques, l’ancien ministre de l’Intérieur, puis des Mines et de la Géologie a la réputation de ne pas être un novice en politique. Dans un Congo en perpétuelle quête de dialogue et d’apaisement, la fonction qui échoit à Pierre Oba auprès du chef de l’État en fait un interlocuteur des acteurs du domaine, qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité, de la société civile ou des institutions publiques. Il ne chômera pas. Alphonse-Claude Nsilou : dans son élément Architecte de formation, le ministre d’État Alphonse-Claude Nsilou regagne la maison en quelque sorte. Il avait, en effet, occupé la même fonction par le passé et serait heureux de disposer des moyens qu’il faut pour « accélérer la marche vers le développement » dans son secteur de compétence. La construction, l’urbanisme et l’habitat demeurent pour tout dire un des volets sur lesquels les Congolais fondent l’espoir de voir leurs cités urbaines devenir des lieux où il fait bon vivre. Pierre Mabiala : sera-t-il toujours en blouse orange ? L’ancien ministre du « Foncier », dont l’image d’Épinal reste, tout en organe, son chapeau à large bord sur la tête et sa longue blouse, a annoncé la couleur dès sa prise de fonction en tant que ministre d’État, du Travail et du Dialogue social : « J’ai laissé la blouse orange mais vous me verrez mettre en œuvre, d’une manière rigoureuse, la gouvernance de l’éthique à l’endroit des agents civils de l’État ». Si, hier, les « récalcitrantes » occupations anarchiques du domaine public l’ont maintenu sur le terrain de la régalienne et nécessaire coercition, celles émanant des agents de l’État, selon qu’ils soient lésés ou promus et en droit de revendiquer leur dû ne l’éloigneront pas de la parlote. Normal, il est en plus chargé du dialogue social. Raymond Zéphirin Mboulou : en treillis ! À la tête du ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation pendant une dizaine d’années, le ministre Raymond Zéphirin Mboulou n’a pas quitté les arcanes de la Force publique. S’il n’a plus en main la gestion quotidienne de l’administration territoriale ainsi que des unités de la police, de la gendarmerie et des forces de sécurité désormais confiées à Jean Olessongo Ondaye, sa présence à la Défense nationale le destine, dans certains domaines encadrés par les textes de leurs départements respectifs, à une étroite collaboration. Jean Olessongo Ondaye : des « allergies » au désordre Ancien aide de camp du président de la République puis commandant de la Zone de défense numéro 1 Pointe-Noire pendant longtemps, le nouveau ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Jean Olessongo Ondaye, a marqué les esprits lors de sa prise de fonction. En particulier lorsqu’en invoquant son rejet du laisser-aller dans l’accomplissement du devoir, il a indiqué à plusieurs reprises être « allergique » à tout ce qui s’apparente à l’indiscipline, à la désobéissance, etc. Les Congolais l’attendent sur la simplification des circuits d’obtention du passeport, sur la sécurisation des personnes et des biens, sur l’ordre public qui inclut aussi la fin des nuisances sonores. Oui, elles peuvent être un problème pour la tranquillité publique. Jean-Claude Gakosso : la culture comme destinée Après un détour de dix années en diplomatie, porte vers laquelle tout pays qui se respecte regarde vers l’extérieur et tisse des amitiés solides avec les puissances étrangères et amies, Jean-Claude Gakosso retrouve la Culture. Qui parle culture parle patrimoine national et industrie culturelle, source de revenus pour le pays. Dans le projet de société du président Denis Sassou N’Guesso, les ambitions sont grandes dans ce domaine. Citons la mise en valeur des structures existantes et l’achèvement de l’emblématique mémorial de Loango. De beaux témoignages sont attendus, le tout-premier étant la promesse de Jean-Claude Gakosso de mettre en confiance le jeune ministre délégué Prince Bertrand Bahamboula, chargé à ses côtés de la promotion de l’Industrie touristique. Hugues Ngouélondélé : sortir le sport de la zone de turbulence Le ministre Hugues Ngouélondélé est secondé par un ministre délégué en la personne de Prince Michrist Kaba Mboko. En charge de la Jeunesse et de l’Education civique, ce dernier était récemment à la tête du Conseil consultatif de la jeunesse. Le 4 mars 2024, il avait à ce titre remis au président Denis Sassou N’Guesso les conclusions de l’assemblée générale de son organisation sur les attentes de cette couche de la population dont il fait partie. L’heure a sonné pour lui de faire ses preuves. En revanche, le très sensible secteur sportif doté de nombreuses fédérations et d’installations à valoriser revient au ministre titulaire. Un climat relativement tendu a marqué ce secteur ces dernières années, en particulier au football. Le propos du président de la République lors de son discours d’investiture, le 16 avril, est de nature à combattre le défaitisme : « La revitalisation des sports et des loisirs… j’y veillerai personnellement », avait-il martelé. Hugues Ngouélondélé en a pris acte. Constant Serge Bounda : promotion ! De son poste d’ambassadeur au Mozambique incluant Madagascar, l’Ile Maurice, les Seychelles, l’Union des Comores et le Malawi, Constant Serge Bounda a gravi la haute marche de la diplomatie congolaise en devenant le ministre des Affaires étrangères de la Francophonie et des Congolais de l’étranger. Ses fonctions antérieures auprès des instances internationales illustres (Fonds des Nations unies pour la population et Programme des Nations unies pour l’environnement) font du nouveau chef de la diplomatie congolaise un homme qui croit au rayonnement de son pays à l’extérieur. Il tient à « mobiliser l’ensemble de l’outil diplomatique du Congo : administration centrale et missions diplomatiques à l’étranger » pour assurer le succès de la mission que lui a confiée le président de la République, déclarait-il à l’issue de la passation de service. Le travail ne fait que commencer. À suivre… Gankama N'Siah Notification:Non |











