Thèse de doctorat : Alfred Nguya Poaty analyse le paradoxe d’une croissance sans transformation structurelle dans la zone Cémac

Dimanche 10 Mai 2026 - 9:55

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L’impétrant Alfred Romuald Nguya Poaty a soutenu avec succès, le 8 mai à Brazzaville, sa thèse de doctorat en sciences économiques à l’Université Marien-Ngouabi. Ses travaux, consacrés aux « Effets de la croissance économique sur la transformation structurelle en zone Cémac », mettent en lumière le paradoxe d’une croissance économique peu capable de transformer durablement les économies d’Afrique centrale, en raison notamment de la faiblesse des institutions et du tissu industriel.

 

Réalisés au Laboratoire de recherche d'économie et de management (LEM), les travaux d'Alfred Nguya Poaty ont été dirigés par Antoine Ngakosso, professeur titulaire agrégé de l’Université Marien-Ngouabi. Le jury était présidé par Pierre-Alexandre Kopp, professeur émérite à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il comprenait François Facchini, professeur des universités à Paris 1 Panthéon-Sorbonne; Idrys Fransmel Okombi, maître de conférences agrégé à l’Université Marien-Ngouabi; ainsi que Giscard Assoumou Ella, maître de conférences agrégé à l’Université Omar-Bongo, en qualité de suffragant. À l’issue de la soutenance, Alfred Romuald Nguya Poaty a été élevé au grade de docteur avec la mention « Très honorable ».

Dans son exposé, le nouveau docteur a expliqué que plusieurs pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) avaient affiché, dès le début des années 2000, des ambitions d’émergence économique fondées sur une croissance soutenue. Pourtant, cette dynamique ne s’est pas traduite par une véritable transformation structurelle des économies de la sous-région. Selon lui, le secteur manufacturier demeure faible, avec une contribution stagnante autour de 10 %, tandis que les distorsions structurelles restent élevées. La région continue également de dépendre massivement des importations alimentaires, estimées entre 60 et 80 % selon les pays. « Cette situation nous a conduits à nous interroger sur l’existence d’un paradoxe de croissance sans transformation structurelle en zone Cémac », a-t-il déclaré.

Le chercheur a souligné également la marginalité de l’Afrique centrale dans le commerce international, avec une contribution inférieure à 0,1 %, ainsi que les difficultés sociales persistantes en Afrique subsaharienne, marquées par un faible produit intérieur brut par habitant et une espérance de vie parmi les plus basses au monde. L’étude s’est attachée à répondre à une question centrale : quels effets la croissance économique exerce-t-elle réellement sur la transformation structurelle dans les pays de la Cémac ? Pour y parvenir, Alfred Romuald Nguya Poaty a analysé les dynamiques économiques observées entre 2000 et 2020. Son travail avait notamment pour objectif d’évaluer les effets de la croissance sur l’industrie manufacturière et les déséquilibres structurels, mais aussi d’identifier les déterminants profonds de la transformation économique.

L’une des principales conclusions de la thèse est que la croissance économique exerce un effet positif, mais non significatif, sur la transformation structurelle dans la sous-région. « La croissance économique ne suffit pas, à elle seule, à déclencher une transformation structurelle durable. Cet effet dépend fortement de la qualité des institutions », a soutenu l’impétrant. S’appuyant sur les travaux de penseurs institutionnalistes comme Douglass North, Acemoglu et Robinson, il affirme que les institutions inclusives favorisent l’innovation, l’investissement et l’industrialisation, tandis que les institutions extractives freinent le développement.

Douze recommandations jugées pertinentes

Face à ce constat, Alfred Romuald Nguya Poaty a formulé douze recommandations stratégiques destinées aux gouvernements et aux institutions régionales. Il préconise, notamment, le renforcement des institutions inclusives et de la gouvernance ; l’investissement massif dans le capital humain ; la modernisation des infrastructures énergétiques et de transport ; le soutien aux petites et moyennes entreorises ; la mise en place de politiques industrielles actives ; une meilleure orientation des investissements directs étrangers ; le renforcement de l’intégration régionale ; ainsi qu’une politique commerciale favorisant les industries locales.

Le nouveau docteur plaide enfin pour un modèle de développement endogène, fondé sur la transformation locale des ressources et la diversification économique.

Fiacre Kombo

Légendes et crédits photo : 

1- Alfred Romuald Nguya Poaty défendant sa thèse /Adiac 2- L'impétrant congratulé par le jury/Adiac

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