Congo: accélérer la marche vers le développement avec qui? ( Suite et fin)

Vendredi 22 Mai 2026 - 12:13

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimable

Il y eut les trois premières séquences de notre dossier les 11, 15 et 18 mai. Celle-ci est la dernière et nous revenons sur notre question fondamentale : avec qui le président Denis Sassou N’Guesso entend-il amorcer les premiers pas de la mise en œuvre de son projet de société « Accélération de la marche vers le développement ? » Neuf nouvelles figures, neuf profils… Projection libre sur les missions des membres du gouvernement mis en place le 24 avril dernier. 

 

 

Delphine Edith Emmanuel Adouki : haut vol

Des trois pôles du secteur de l'éducation nationale au Congo, celui de l'enseignement supérieur est, comme son nom l’indique, le plus élevé de tous. Il rassemble les professionnels dont la mission de transmettre les connaissances, conduire les recherches et promouvoir le travail académique donne la mesure de la bonne santé intellectuelle du pays. Mais que de secousses dans le milieu !

À la demande croissante en personnel qualifié s'ajoute l'explosion des effectifs des jeunes étudiants désireux de poursuivre leur cursus universitaire. Les conditions d'accueil s'améliorent de jour en jour même si l'on est encore loin du plein accomplissement.

La bourse estudiantine demeure une épreuve de survie, la rémunération des enseignants et d’autres agents, dont il faut au passage saluer la résilience, attend d'être régularisée. Des dossiers que la ministre Delphine Edith Emmanuel Adouki, reconduite à son poste, connaît par cœur et devra s'employer à trouver les solutions idoines d'autant plus que le Congo étend à un rythme soutenu l'implantation des établissements de l'enseignement supérieur sur l'ensemble du pays.

Jean-Luc Mouthou :  la base

De la maternelle au secondaire premier et deuxième cycles, la tâche des fonctionnaires du département qu’a conservé Jean Luc Mouthou est primordiale. C'est, en effet, le segment de base de l'instruction où l'enfant construit sa personnalité. Dans un passé récent, des actes de violence attribués aux apprenants ont failli transformer l'école en un champ de bataille. On entend de moins en moins les récits cauchemardesques de ces brutalités mais la vigilance doit être de mise y compris dans la gestion des processus d’organisation des examens d'Etat. Comme à l'enseignement supérieur, les questions quotidiennes dans le sous-secteur de l’enseignement de base sont liées au déficit des enseignants, à la pléthore des effectifs dans les classes, au manque d’'équipement des écoles en tables-bancs, tandis que les lycées d’excellence créés dans les départements mettent le cap sur la formation de qualité. On peut aussi noter avec satisfaction le fait qu’à ce niveau, la bataille du respect du calendrier scolaire est gagnée.

Irène Marie-Cécile Mboukou-Kimbatsa : épanouissement à large spectre

Au ministère des Affaires sociales et de l'Action humanitaire où elle a exercé pendant cinq ans, Irène Marie-Cécile Mboukou Kimbatsa née Goma faisait face à des familles en détresse en quête d'assistance. Dans ses nouvelles fonctions, ses interlocuteurs et interlocutrices sont des personnes porteuses d'idées et de projets de développement.

Sur l'échelle des instances de création de richesse, les petites, moyennes entreprises et l'artisanat occupent une place de choix. La réussite des acteurs convertis dans l’entrepreneuriat peut susciter des vocations au sein de la société et nourrir des ambitions patronales parmi les jeunes. À ce titre, le soutien de l’État est déterminant.

Luc Joseph Okio : vaincre les réticences

La machine que tente de soulever Jean Luc Okio depuis un bon moment est éminemment lourde. Oui, la réforme de l’Etat suppose de donner un coup de pied dans la fourmilière. Or, les habitudes, que l'on dit volontiers être une seconde nature, occupent beaucoup d’espace dans le quotidien de chacun.

Pour avancer dans ce domaine, le ministre Okio doit non seulement requérir l'assistance de tous ses collègues du gouvernement mais aussi des autres institutions de la République. En charge dorénavant des relations avec le Parlement, il peut s'appuyer sur les élus du peuple et les représentants des élus locaux pour éloigner, du quai, le paquebot plein de réformes amarré à son port d’attache depuis trop longtemps.

Inès Nefer Bertille Ingani : touche pas à ma dignité

Le tour quasi complet des préoccupations liées à l'émancipation de la femme est formulé dans la dénomination du ministère dirigé par Inès Nefer Bertille Ingani Voumbo-Yalo. Elle est, en effet, la ministre de la Promotion de la femme, de l'Intégration de la femme au développement, du Pacte social et de l'Economie informelle.

D'un certain point de vue, la Cité est organisée de telle sorte que la femme, dans les domaines ci-dessus mentionnés, sait prendre seule nombre d'initiatives mais arrivent des moments où sa liberté d'entreprendre est contrariée par un environnement hostile. Qui peut relever de la coutume, de la famille, de ses rapports au foyer avec son conjoint, de la société. Le rôle des pouvoirs publics dans ce cas précis est de veiller à ce que la femme ne subisse aucune discrimination du fait de son statut.

Des lois existent et doivent être appliquées. « Monsieur, vous levez la main, lourde, sans retenue et de façon régulière sur votre conjointe ? Faites attention car vous serez dénoncé publiquement et risquez la condamnation devant les tribunaux. Et ne l'oubliez pas, la cause féminine a son avocate au gouvernement !»

Juste Désiré Mondelé : ne pas lâcher prise

Nos villes se construisent mais sont en même temps grippées, elles ont besoin d'un coup de fouet. Nos routes sont jonchées de nids de poule, ravinées par les pluies et obstruées par des immondices. Ajouter à ce chaos environnemental notre part d’incivisme…Parallèlement, nos communautés rurales attendent de s'autonomiser sans repousser la bienveillante sollicitude de la tutelle étatique installée à Brazzaville. Ainsi sont schématisés les dossiers dont hérite à nouveau Juste Désiré Mondelé.

Le ministre de l'Assainissement urbain, du Développement local et de l'Entretien routier a du pain sur la planche, mais il dispose d’un carnet d'adresses et garde une vue étendue sur son domaine de compétence. Ne pas baisser les bras peut lui servir de manette pour aller de l'avant.

Rodrigue Charles Malanda Samba : point focal

L’ancien conseiller politique du président de la République quitte le cabinet du chef de l'État pour embrasser une carrière ministérielle au poste où l'attend la plus importante frange de la population congolaise.

À la tête du ministère de l'Emploi, de l'Entrepreneuriat et de la formation qualifiante, Rodrigue Charles Malanda Samba poursuit une expérience commencée par ses prédécesseurs à laquelle il doit apporter sa propre touche.

Le temps de franchir le pas, il va rapidement prendre la mesure de sa mission à la tête d’un département qui peut être considéré comme le point focal d’une jeunesse congolaise appelée à se former, entreprendre et s’autonomiser.

Frédéric Nzé : nouveaux métiers

Les postes et télécommunications font désormais corps avec l'économie numérique dans l'architecture gouvernementale de notre pays. Si les deux premiers segments du ministère confié à Frédéric Nze gardent intacte leur historicité stratégique, le troisième lui donne une valeur ajoutée.

De nouveaux métiers qui relèvent du numérique sont nombreux et requièrent de lourds investissements. L'écosystème de l'intelligence artificielle en fait partie et ouvre la voie à un large horizon d'opportunités d'affaires. Il serait heureux de voir les postes, les télécommunications et le numérique contribuer fortement au développement national.

Gustave Fulgence René Adicolle Goum : du concert

L'enseignement technique a l'avantage d'être un exercice pratique. Les élèves apprennent les métiers de leur choix et se familiarisent depuis le banc de l'école avec les outils de leur future orientation.

Pour Gustave Fulgence René Adicolle Goum qui sort droit du même moule, le challenge consiste à poursuivre une œuvre amorcée par ceux qui l’ont précédé en y apportant les innovations nécessaires.

C'est avec humilité qu'il a déclaré le jour de sa prise de fonction agir dans le sens de préserver les acquis et assurer la continuité de la mission publique.

Et pour conclure?

Il y a quelques semaines à peine, nombre de ministres de l’équipe gouvernementale sortante étaient donnés sur le départ, d'autres tout aussi nombreux, étaient " plébiscités" comme les nouvelles figures pour occuper tel ou tel département ministériel. Radio trottoir quand tu nous tiens!
À titre individuel, cela va sans dire, entrer au gouvernement est une consécration mais une consécration éminemment fragile car les sièges sont éjectables. On s'assied, on y prend goût tout en sachant qu’ils sont susceptibles de sauter à tout moment.
Sans dramatiser le phénomène, disons que la contrepartie pour espérer s'y agripper plus longtemps est, en tout état de cause, l'obligation de résultats.
Le 24 avril, les Congolaises et les Congolais choisis par le président de la République pour l'accompagner dans son engagement électoral d'accélération de la marche vers le développement ont, à leur tour, pris rendez-vous avec la nation et le chef de l’État.
Dans leurs domaines respectifs, ils seront jugés individuellement, cela ne fait pas de doute. Mais une chose est certaine, un des nombreux défis que devra relever l'équipe conduite par le Premier ministre Anatole Collinet Makosso sera de maintenir sa cohésion. L'on voit à quel point les missions de plusieurs ministères se complètent.

Cette interdépendance plaide en faveur d'une gouvernance placée dans la perspective de gagner les batailles ensemble. Sans perdre de vue le sens de l'arbitrage du 24 avril que l’on pourra résumer ainsi qu'il suit. « Tous, à divers titres, nous avons participé au succès du scrutin présidentiel en faveur du candidat de notre choix, Denis Sassou N'Guesso. À quelque chose près, nous voici tous conviés à la table du partage du résultat de notre investissement collectif. Il n'est pas interdit de fêter cette victoire, mais dès lors que les chapiteaux érigés pour la circonstance sont démontés et rangés, il revient à chacune et à chacun de donner le meilleur ».

Ce récit n’est que spéculation, mais il peut servir de critère subsidiaire à l'idée que si elle ne botte pas en touche, la nouvelle équipe gouvernementale pourra maintenir à flots le bateau sur lequel elle s’est embarquée le 24 avril pour naviguer en haute mer. En attendant l’escale des 100 premiers jours au port où les premières notes d’atmosphère seront distribuées, souhaitons avec respect plein succès à toutes et à tous.

 

Gankama N'Siah

Légendes et crédits photo : 

Les membres du gouvernement / Adiac

Notification: 

Non