Théâtre : « Chef de famille malgré lui », une pièce qui interroge sur les dérives des traditionsMardi 9 Juin 2026 - 18:25 Après plus de deux ans d'absence, la pièce de théâtre « Chef de famille malgré lui » a fait son grand retour sur scène, le 6 juin à Brazzaville. Ce spectacle captivant a offert au public l’opportunité de faire une lecture sans concession de la société africaine, et plus particulièrement congolaise, façonnée par une tradition et un modernisme parfois mal interprétés.
L’histoire, écrite par le dramaturge Jean Marie Bamokena, met en avant un personnage principal, Tapalé. Après le décès de son frère aîné, Moboulou, qui avait un statut de polygame. Tapalé se voit attribuer la responsabilité de chef de famille, un rôle qu’il juge extrêmement encombrant. Dans la période de deuil, il fait face à des situations qui lui paraissent plutôt absurdes et injustes. Son regard tourné vers le modernisme l’amène à porter des critiques sur les attitudes des membres de sa famille qui persécutent, au nom de la tradition, les veuves de son défunt frère. Le choc culturel culmine lorsque l’une des veuves arrive de France. Pour les parents restés au pays, les coutumes se trouvent profondément violées. Non seulement cette dernière est vêtue d’une tenue jugée trop légère, mais elle se présente à la veillée avec une petite boîte contenant les cendres issues de l’incinération de la dépouille. Une pratique contraire aux rites locaux. Elle est ensuite agressée pour sa mentalité occidentale le jour des obsèques par des jeunes du quartier. La mère du défunt ne supportant pas cela s’effondre. « On honore plus les morts que les vivants ». C’est le cri du cœur lancé par l'auteur, Jean Marie Bamokena. À travers cette comédie dramatique, le dramaturge interroge la moralité des comportements collectifs et interpelle les consciences. « Est-ce qu'il est intelligent de passer des nuits à la belle étoile, sur des nattes, de dépenser des millions, alors que nous n'avons pas d'assurance maladie ? » s'indigne l'auteur. « Quand nous sommes à l'hôpital, dans toutes nos familles, vous pouvez vérifier, les gens sont incapables de se mobiliser pour mettre la main à la pâte. Mais quand ils crèvent, tout le monde vient pour étaler la petite richesse acquise », remarque-t-il. La pièce expose ces tensions familiales et les obligations financières imposées aux veuves, aux beaux-fils et aux belles-familles, souvent sources de conflits et d'abus. Une réalité que le public a assimilée à son propre vécu. Pour le député Yves Fortuné Moundelé-Ngollo, qui a suivi la pièce en tant que spectateur, l’expérience a été à la fois un moment de détente et d'éducation. « C'est une façon de présenter nos travers dans nos traditions. Des choses qu'on ne nous explique jamais mais qu'il faut toujours faire, parce que c'est comme cela. Le metteur en scène et l'auteur savent mettre le doigt sur toutes ces questions qu'on se pose à chaque fois ». Si le deuil reste le moment de réunir la famille élargie et d'apprendre les rites aux plus jeunes, la pièce invite, selon lui, à une prise de conscience pour éliminer les dérives. Jean Pascal Mongo-Slyhm Légendes et crédits photo :1- Les acteurs sur la scène /Adiac
2- Le public assistant à la présentation de la pièce de théâtre /Adiac Notification:Non |


Véritable satire sociale présentée en plusieurs actes, la pièce a été jouée par la troupe L’Agora. À travers une dizaine de comédiens et une succession de tableaux, le groupe a mis en évidence des thèmes récurrents du vécu quotidien tels que la sorcellerie, la polygamie, le respect dû aux morts et la gestion de l’argent lors des veillées mortuaires.









