Métiers du numérique : la Francophonie économique tente de se repositionner dans la compétition mondiale des compétences

Jeudi 25 Juin 2026 - 9:06

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L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et la Banque africaine de développement (BAD) lancent un partenariat numérique en Afrique, entre ambition de souveraineté et limites structurelles.

Le partenariat stratégique signé le 24 juin entre l’OIF et la BAD illustre une inflexion notable de la diplomatie francophone. Officiellement centré sur le renforcement des compétences numériques, de l’employabilité et de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes dans cinq pays africains - Bénin, Cameroun, Guinée, Madagascar et République démocratique du Congo -, l’accord dépasse largement le cadre technique. Dans un contexte de pression démographique et de chômage structurel des jeunes en Afrique, l’initiative vise à former aux métiers du numérique : intelligence artificielle, cybersécurité, développement web et analyse de données.

Cette initiative prévoit également un accompagnement à l’insertion professionnelle, à l’auto-emploi et à la création d’entreprises via des incubateurs et des programmes de prototypage. L’OIF revendique déjà près de 19 000 jeunes formés à travers ses dispositifs, notamment le programme D-CLIC, qui sert de base opérationnelle à cette nouvelle phase. Pour Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de la Francophonie, l’enjeu est clair : transformer « le potentiel démographique francophone en moteur économique ». De son côté, le président de la BAD, le Dr Sidi Ould Tah, insiste sur la nécessité d’investir dans « le capital humain comme levier central de transformation structurelle ».

Une Francophonie sous pression dans un marché globalisé des compétences

Derrière ce partenariat, plusieurs observateurs voient surtout une tentative de repositionnement stratégique de l’espace francophone dans une économie mondiale de la formation déjà très concurrentielle. La Chine a multiplié les centres de formation technique en Afrique, intégrant directement ses entreprises aux chaînes de valeur industrielles locales. L’Union européenne et la Banque mondiale investissent également massivement dans les programmes d’employabilité, souvent avec des moyens financiers plus importants et une présence institutionnelle plus ancienne. Dans ce paysage, l’OIF apparaît en quête de lisibilité et d’impact. « Le numérique est devenu un champ de rivalité géopolitique autant qu’un outil de développement », souligne un expert du développement. Selon lui, l’enjeu n’est plus seulement de former, mais de structurer des écosystèmes capables de retenir les talents.

Des contraintes financières et institutionnelles persistantes

Malgré son ambition, le dispositif OIF–BAD reste confronté à plusieurs limites. L’OIF dispose de marges budgétaires restreintes, dépendant largement des contributions des États membres, tandis que la BAD doit arbitrer entre de nombreux projets continentaux prioritaires, notamment les infrastructures et l’énergie. Autre défi : la capacité des États bénéficiaires à intégrer durablement ces programmes dans leurs politiques publiques. Dans plusieurs pays concernés, les systèmes éducatifs restent fragmentés, et le lien entre formation et marché du travail demeure faible. Le risque est celui d’une multiplication d’initiatives pilotes sans véritable transformation structurelle.

Un enjeu de puissance douce pour l’espace francophone

Au-delà du développement, ce partenariat traduit une ambition plus large : repositionner la Francophonie comme acteur de la compétition mondiale des compétences. Dans un contexte où les influences chinoise, américaine et européenne se renforcent en Afrique, l’espace francophone cherche à réaffirmer sa pertinence économique. Mais la question centrale demeure : cette stratégie de montée en compétences suffira-t-elle à transformer un espace encore fragmenté en véritable bloc d’influence économique ? Pour l’heure, l’OIF et la BAD posent les bases d’une nouvelle approche, sans garantir encore un changement d’échelle décisif.

Noël Ndong

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