Questions orales avec débat au Sénat : les préoccupations de la population au centre des débats

Lundi 10 Août 2026 - 15:45

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Le président du Sénat, Pierre Ngolo, a patronné le 7 août à Brazzaville la séance de questions orales avec débat réunissant les membres du gouvernement et les sénateurs autour des préoccupations majeures de la population congolaise. Les échanges ont porté sur des sujets variés allant des pensions des retraités à la crise énergétique, en passant par la délivrance des passeports et l’approvisionnement en hydrocarbures.

Le Premier ministre, Anatole Collinet Makosso, a été le premier à être interpellé par deux sénateurs, Ferdinand Andoyelle et Jean Marie Andziba Epouma, sur des questions d’intérêt général.

Le sénateur Ferdinand Andoyelle a interrogé le chef du gouvernement sur le calendrier d’harmonisation de la valeur du point d’indice à 300 FCFA pour tous les retraités de la Caisse des retraités fonctionnaires. Lui répondant, le Premier ministre a rappelé que cette revendication légitime fait l’objet de discussions régulières entre le gouvernement et les associations des retraités. Il a précisé qu’un comité tripartite, mis en place en 2023, a évalué l’incidence financière de cette mesure à environ 2,7 milliards FCFA par mois mais les conditions pour sa mise en œuvre ne sont pas encore réunies, dans un contexte marqué par des équilibres macroéconomiques fragiles et des retards dans le paiement régulier des pensions, dont la masse mensuelle s’élève à un peu plus de 14 milliards FCFA. Anatole Collinet Makosso a assuré que le gouvernement reste engagé à rétablir la régularité des paiements et que des rencontres avec les représentants des retraités seront organisées dès que possible.

Quant au sénateur Jean-Marie Andziba Epouma, il a posé deux questions. La première a porté sur le retard accusé dans la publication de la loi de finances 2026 au Journal officiel, malgré sa promulgation en fin décembre. Le Premier ministre a expliqué que ce retard est lié à des contraintes techniques et logistiques, notamment des travaux de vérification des chiffres, et a promis de veiller à ce que les prochaines lois de finances soient publiées en temps utile pour permettre aux opérateurs économiques et aux citoyens de prendre connaissance des nouvelles dispositions.

La seconde question a concerné l’interprétation de la loi électorale modifiée, notamment l’article 67 qui exige des candidats aux élections locales un baccalauréat au moins ou un diplôme équivalent. Le chef du gouvernement a clarifié le mécanisme de contrôle de conformité des diplômes, précisant que seuls les diplômes délivrés par l’État ou reconnus par les ministères compétents, y compris ceux obtenus à l’étranger après traduction et légalisation, seront considérés. « Ce sont ces diplômes qui devraient faire partie des pièces constitutives du dossier de candidat à l’élection locale », a-t-il rappelé.

Hydrocarbures : des difficultés dans la distribution

Répondant à une question sur la distribution des produits pétroliers, le ministre des Hydrocarbures, Stev Simplice Onanga, a indiqué que la situation actuelle résulte de plusieurs facteurs, dont la capacité limitée de la Congolaise de raffinage à produire suffisamment de produits blancs, tels que l’essence et le gasoil, pour satisfaire la demande nationale qui est actuellement couverte à hauteur de 60%. Il a évoqué des projets d’envergure, notamment la construction d’une unité de transformation des fiouls en produits blancs, la construction d’une raffinerie-pétrochimie dont les travaux sont en cours.

Au sujet des importations qui couvrent 40% des besoins, le ministre a souligné les difficultés liées à la volatilité des prix internationaux et au maintien des prix à la pompe par l’État pour préserver le pouvoir d’achat de la population. Cette politique engendre un déficit que le gouvernement compense, tout en travaillant à la mise en place d’un mécanisme de compensation automatique pour pérenniser l’approvisionnement. « Le retour à l’équilibre pour le gasoil est attendu dans les prochains jours », a promis le ministre.

Énergie et eau : des défis structurels et des objectifs ambitieux

Interpellé sur la crise récurrente de l’électricité, le ministre en charge de l’Energie et de l’Hydraulique, Bruno Jean Richard Itoua, a dressé un tableau des besoins qui est actuellement d’environ 500 mégawatts alors que la demande est estimée à 3 000 mégawatts. Il a annoncé des objectifs clairs avec la production atteindre de 3 000 mégawatts en 2028; 5 000 en 2030; et 10 000 en 2040. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur la réhabilitation des infrastructures de transport et de distribution, avec l’appui de partenaires internationaux, ainsi que sur l’implication du secteur privé. « Le gouvernement est à pied d’œuvre pour une amélioration substantielle d’ici à 2028 dans les grandes villes et les zones rurales », a annoncé le ministre.

Sur la question de l’eau, le ministre a indiqué que la capacité de production est largement insuffisante pour couvrir les besoins quotidiens, particulièrement à Brazzaville où le taux de satisfaction est de 41%. Des projets concrets, comme la construction d’une nouvelle usine de traitement d’eau au Djoué, sont en cours pour améliorer l’approvisionnement dans les grandes villes et les zones rurales.

Fonction publique : recrutement, arnaques et digitalisation

Le ministre d'Etat, ministre de la Fonction publique, Pierre Mabiala, a clarifié que les attroupements observés en juillet dernier à Brazzaville devant le siège de son ministère n’étaient pas liés à une campagne de recrutement officielle, mais à des manipulations via les réseaux sociaux. Toutefois, les 32 000 dossiers déposés lors de ces attroupements seront traités prochainement, conformément aux procédures en vigueur. « Ils seront classés par école et centre de formation, par diplôme et par promotion pour être traités à bonne escient, chaque fois que le gouvernement décidera d’une campagne de recrutement », a-t-il expliqué aux sénateurs.

Il a également abordé la question des antivaleurs, évoquant des mesures pour sanctionner les agents véreux, lutter contre les faussaires externes et accélérer la digitalisation des administrations.

Lutte contre la fraude des documents d’identité

Pour sa part, le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Jean Olessongo Ondaye, répondant à la question sur le dispositif mis en place pour mettre fin à la vente illégale des pièces d’état civil, a dénoncé cette pratique qui impliquerait des agents des mairies. Il a annoncé la digitalisation de ces documents et des investigations menées par les services de sécurité pour assainir le système.

Concernant la délivrance des passeports, il a expliqué que les difficultés ont été aggravées par des réseaux frauduleux et des problèmes de relation avec le prestataire technique. Après des accords avec ce dernier, un premier lot de 25 000 passeports est attendu dès septembre, sur un total de 100 000 prévus. Le gouvernement a opté pour un nouveau mécanisme de paiement, avec des guichets dédiés, via un compte séquestre, pour sécuriser les fonds.

Sur l’accompagnement des orphelinats

De son côté, la ministre des Affaires sociales et de l’Action humanitaire, Lydie Pongault, a été interrogée sur le statut des orphelinats et leurs subventions par l’État. Elle a précisé sur ce point que quarante-cinq orphelinats, tous privés, étaient officiellement enregistrés. Même si aucun mécanisme de subvention automatique n’existe, l’État les accompagne sous forme de dons (Denrées alimentaires, vêtements, médicaments...) et de soutien technique. Elle a rappelé que la politique nationale privilégie le placement de l’enfant au sein de la famille; le placement dans une institution restant une exception.

D’autres questions des sénateurs ont porté sur le coût élevé des billets d’avion en direction de la Likouala, le commerce en ligne, l’accompagnement des acteurs agro-pastoraux, ainsi que le taux d’exécution du Plan national de développement 2026-2026, l’extraction minière dans le massif forestier du district de Makoua, la conservation des déchets électroniques et la relance de la Société des postes et de l'épargne du Cong. Elles ont toutes eu des réponses des membres du gouvernement auxquels elles étaient adressées.

Le président du Sénat, Pierre Ngolo, a salué dans sa synthèse les débats qui ont mobilisé une grande partie des membres du gouvernement et du Sénat; signe d’une dynamique nouvelle et d’un engagement collectif à accélérer la marche vers le développement. Il a tenu à souligner cette présence qui, selon lui, témoigne la volonté du gouvernement de répondre aux préoccupations des citoyens.

Jean Pascal Mongo-Slyhm

Légendes et crédits photo : 

1- Le bureau du Sénat /Adiac 2- Les membres du gouvernement /Adiac

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