Afrique: l’Union africaine face au défi de la puissance mondiale

Jeudi 13 Août 2026 - 22:15

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De la réforme du Conseil de sécurité au financement du développement, Addis-Abeba veut transformer le poids démographique et économique du continent en véritable pouvoir d’influence. Mais entre divisions internes, dépendances financières et urgences sécuritaires, le chemin vers une voix africaine réellement unifiée reste semé d’obstacles.

Réunis à Addis-Abeba pour la 49e session ordinaire du Conseil exécutif de l’Union africaine (UA), les ministres africains des Affaires étrangères ont posé une question qui dépasse largement l’agenda diplomatique : comment transformer le poids de l’Afrique en puissance politique effective ? Le continent veut désormais parler d’une seule voix, défendre ses intérêts et participer à la définition des règles qui organisent la gouvernance mondiale. L’adhésion de l’UA au G20 constitue, à cet égard, une avancée majeure. Pour Édouard Bizimana, président du Conseil exécutif, « la gouvernance mondiale sans l’Afrique est incomplète ». L’enjeu est considérable : ne plus être seulement un espace d’application des décisions prises ailleurs, mais devenir un « partenaire dans les solutions », capable de peser sur les normes économiques, financières et commerciales internationales. Cette ambition retrouve une vieille bataille diplomatique africaine : la réforme du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies. Le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte constituent la doctrine commune du continent, qui réclame notamment une représentation permanente africaine.

Mais la difficulté demeure la même : l’Afrique dispose-t-elle d’une stratégie suffisamment coordonnée pour transformer cette revendication en rapport de force ? Car la puissance ne se décrète pas. Elle se construit. Sur le terrain sécuritaire, le constat demeure préoccupant. Le terrorisme et l’extrémisme violent continuent de progresser, particulièrement au Sahel. Cette insécurité fragilise les États, détourne des ressources publiques et réduit l’attractivité économique de régions entières. Pour l’UA, la souveraineté politique passe donc aussi par la capacité à assurer la sécurité des populations. Mais le véritable enjeu géopolitique se trouve peut-être ailleurs : dans la capacité du continent à financer lui-même son développement. Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, appelle à mobiliser davantage les ressources internes. Industrialisation, production locale et intégration régionale deviennent ainsi des instruments de souveraineté.

Cette bataille est également géoéconomique. L’Afrique possède des minerais critiques, des terres agricoles, des hydrocarbures, des ressources énergétiques renouvelables et un marché de plus d’un milliard d’habitants. Pourtant, elle continue d’exporter massivement des matières premières et d’importer une grande partie des produits à forte valeur ajoutée. La compétition mondiale se joue désormais autant dans les chaînes de valeur que dans les chancelleries. L’Agenda 2063 offre une feuille de route. Mais sa crédibilité dépendra de sa mise en œuvre, de la ratification effective des instruments juridiques africains et de la capacité des États à dépasser leurs intérêts nationaux immédiats. L’accès à l’eau et à l’assainissement, priorité de l’UA pour 2026, rappelle enfin que la puissance africaine ne peut être uniquement diplomatique. Elle doit être sociale, économique, industrielle et humaine. Addis-Abeba envoie donc un message clair : l’Afrique ne veut plus seulement être représentée dans le monde. Elle veut contribuer à le gouverner. Reste à savoir si ses États sauront transformer cette ambition collective en stratégie commune, puis cette stratégie en pouvoir réel.

Noël Ndong

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