Esclavage en Afrique : l’ONU recommande aux États impliqués de fournir des réparations

Mardi 1 Septembre 2026 - 15:05

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Le Comité de l'ONU pour l’élimination de la discrimination raciale (Cerd) a publié, le 31 août, une recommandation, incitant les États à fournir des réparations généralisées pour compenser les préjudices causés par la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage.

La recommandation approuvée récemment vise à restaurer la dignité, la justice et l’égalité pour les personnes d’ascendance africaine.  Il s'agit d'une nouvelle interprétation de la Convention internationale de 1969 qui vise à « éliminer le racisme et les inégalités résultant de l'esclavage ». Après un nouvel examen de ce texte, les dix-huit membres du comité de surveillance de ce traité ont conclu que les États-parties doivent mettre en œuvre « des mesures globales », afin de « restaurer la dignité, la justice et l'égalité » pour les personnes d'ascendance africaine, « tous types de recours confondus ».

Parmi les signataires de la Convention, on compte les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, le Portugal et d'autres pays impliqués de manière directe ou indirecte dans la traite atlantique qui a déplacé de force des millions d'hommes, de femmes et d'enfants vers les Amériques entre le XVIe et le XIXe siècle.

Cette histoire douloureuse a laissé des marques profondes. L'avocate libérienne Pela Boker-Wilson, membre du Comité pour l'élimination de la discrimination raciale, estime que « la confrontation avec la justice historique ne peut être dissociée de la lutte contre la discrimination raciale contemporaine ».

Rappelons qu’en juin dernier, le Ghana a accueilli un sommet international consacré aux réparations liées à l'esclavage et au colonialisme. Pendant trois jours, experts, ministres et chefs d'État ont tenté de définir les prochaines étapes d'un mouvement qui a récemment franchi un cap symbolique avec le vote d'une résolution des Nations unies reconnaissant l'esclavage comme le crime le plus grave contre l'humanité.

Pour les défenseurs des réparations, la question dépasse largement celle d'une compensation financière. Selon eux, les conséquences de l'esclavage et du colonialisme continuent de se faire sentir aujourd'hui à travers les inégalités économiques, les discriminations raciales ou encore certaines fractures persistantes entre l'Afrique et sa diaspora. «Beaucoup de gens demandent immédiatement : où est l'argent ? Mais il ne s'agit pas seulement d'argent. Un simple chèque ne permettra pas de réparer le racisme profondément enraciné, les inégalités structurelles, le manque de compréhension de cette histoire ou les crimes moraux commis à travers l'esclavage », a expliqué Samuel Okyere, maître de conférences à l'Université de Bristol et spécialiste des héritages de l'esclavage. Il a rappelé par ailleurs que plusieurs États n'ont toujours pas présenté d'excuses officielles pour leur rôle dans la traite transatlantique.

Les discussions ont porté sur un large éventail de mesures : restitutions d'œuvres d'art, investissements, programmes éducatifs, reconnaissance officielle des préjudices subis ou encore excuses de la part des pays ayant profité de l'esclavage.

Pour le président ghanéen John Mahama, champion de l'Union africaine sur cette question, les réparations concernent également la place de l'Afrique dans le monde contemporain. Il juge notamment inacceptable que le continent ne dispose toujours pas d'un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

Yvette Reine Boro Nzaba

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