Esclavage - Réparations : l’ONU ouvre le procès de l'histoire

Mercredi 2 Septembre 2026 - 16:19

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De Loango à la diaspora, l’Afrique centrale revient au cœur de la bataille : esclavage, traite et colonialisme pourraient désormais devenir les fondements d’une nouvelle diplomatie des réparations.

Le débat sur les réparations liées à l’esclavage vient de franchir un seuil historique. Le 25 août 2026, le Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) a adopté sa Recommandation générale n°40, consacrée à la justice réparatrice pour les préjudices persistants du colonialisme, de la traite des Africains réduits en esclavage et de l’esclavage racialisé. Le texte ne constitue pas, à lui seul, une décision judiciaire imposant des indemnisations. Mais il donne une nouvelle portée au débat : les États sont invités à envisager des réparations globales et transformatrices, allant de la compensation à la restitution, en passant par l’éducation, la mémoire, la recherche historique et la lutte contre les inégalités structurelles.

L’Afrique centrale au cœur de la question

Cette nouvelle diplomatie des réparations ne peut cependant être pensée uniquement depuis les Caraïbes, l’Amérique du Nord ou l’Europe. L’Afrique centrale constitue l’un des territoires historiques majeurs de la traite atlantique. Le cas du Congo-Brazzaville est particulièrement emblématique. L’ancien port d’embarquement des esclaves de Loango, dans le Kouilou, figure depuis 2008 sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco. Le site témoigne du rôle de la côte congolaise dans la déportation massive d'Africains vers les Amériques. L’Unesco souligne également les liens de Loango avec les territoires correspondant aujourd’hui à la République du Congo, à la RDC, au Gabon, à l’Angola et à des régions plus éloignées de l’intérieur du continent. Loango pose donc une question fondamentale : comment réparer une histoire dont les traces sont encore physiquement présentes en Afrique ? La préservation des sites historiques pourrait devenir elle-même une forme de réparation. À Loango, l’érosion marine menace déjà une partie des vestiges, tandis que la pression foncière fragilise l’intégrité du site.

Du Congo au bassin du fleuve

L’enjeu dépasse le seul Congo-Brazzaville. Le bassin du Congo et l’ancien espace du royaume Kongo constituent un vaste territoire historique de circulation, de captation et de déportation des populations. L’Unesco rappelle notamment le rôle de Mbanza Kongo comme centre politique majeur et comme espace profondément transformé par les relations avec les Portugais et les réseaux commerciaux reliant l’Afrique centrale à l’Europe et aux Amériques. Pour les États d’Afrique centrale, la recommandation du CERD ouvre donc une nouvelle piste diplomatique : ne plus considérer les réparations uniquement comme une affaire entre anciennes puissances coloniales et diaspora africaine, mais comme une question concernant directement les sociétés africaines qui furent vidées de populations, désorganisées et durablement transformées. Le Congo-Brazzaville pourrait ainsi défendre une diplomatie patrimoniale articulée autour de Loango : restauration des sites, recherche historique, archives, musées, coopération avec les descendants afro-descendants des Amériques et reconnaissance internationale de la mémoire de la traite en Afrique centrale.

Une bataille qui devient géopolitique

La question centrale n’est donc plus seulement : qui doit payer ? Elle devient : qui doit réparer, quoi, pour qui et comment ? Pour l’Afrique centrale, les réparations pourraient prendre la forme d’investissements dans l’éducation, la culture, les infrastructures mémorielles, la recherche généalogique, la restitution patrimoniale et la valorisation des sites historiques. Avec la recommandation n°40, l’ONU contribue à transformer une revendication longtemps considérée comme essentiellement mémorielle en enjeu de justice, de droit international et de diplomatie. Et dans cette nouvelle bataille, Loango pourrait devenir pour l’Afrique centrale ce que Gorée représente pour l’Afrique de l’Ouest : un symbole mondial de la mémoire, mais aussi un point de départ pour une politique africaine des réparations.

Noël Ndong

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