Cémac : la bataille des 45 millions d'habitants

Jeudi 3 Septembre 2026 - 16:45

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimable

Derrière les migrations, les déplacements et les échanges transfrontaliers se joue une bataille décisive : transformer une population jeune et mobile en véritable marché régional.

 

Camerounais au Gabon, Congolais au Cameroun, Tchadiens en RCA, Centrafricains au Cameroun : les mobilités humaines dessinent déjà un marché régional. Reste à transformer ces flux en véritable levier d’intégration économique. La Cémac possède un marché intérieur encore largement sous-exploité. Les six États membres  (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad ) représentent ensemble près de 45 millions d’habitants. Le Cameroun, avec environ 29,1 millions d’habitants, en concentre à lui seul près des deux tiers. Cette dynamique démographique est appelée à s’accélérer. La population augmente d’environ 4,9 % par an au Tchad, 3,4 % en RCA et 2,6 % au Cameroun. Ces écarts traduisent une pression croissante sur l’emploi, les infrastructures, les villes et les marchés du travail.

Le Cameroun, plateforme naturelle

Dans cet ensemble, le Cameroun occupe une position particulière. Douala concentre une grande partie des échanges commerciaux régionaux ; Yaoundé constitue un centre administratif et financier ; les corridors vers N'Djamena, Bangui, Libreville et Brazzaville font du pays une véritable interface entre l’Afrique centrale, le bassin du lac Tchad et le golfe de Guinée. La mobilité est déjà une réalité économique : transporteurs, commerçants, ouvriers, étudiants, artisans et entrepreneurs franchissent quotidiennement les frontières. Le problème n’est donc plus de savoir si les populations circulent, mais comment faire de cette mobilité un instrument organisé de création de richesse.

De la mobilité à un marché du travail régional

Le véritable enjeu pour la Cémac serait de créer progressivement un marché régional du travail : reconnaissance des diplômes, procédures simplifiées pour les travailleurs, portabilité de certains droits sociaux, plateformes régionales d'emploi et statistiques communes sur les migrations. Cette approche permettrait également de mieux distinguer quatre réalités souvent confondues : migration économique, mobilité traditionnelle, déplacement forcé et traite des personnes. La crise du bassin du lac Tchad rappelle d'ailleurs que la mobilité peut aussi être contrainte. Cameroun, Tchad, Niger et Nigeria comptaient en 2026 plus de 6,4 millions de personnes affectées par la crise, avec plus de 3,3 millions de déplacés internes. La politique migratoire régionale ne peut donc être dissociée des questions de sécurité, d'humanitaire et de développement.

La frontière comme infrastructure économique

Le défi est désormais de passer d'une frontière conçue principalement comme une ligne de contrôle à une infrastructure économique intelligente. Postes-frontières modernes, identité numérique, interconnexion douanière, échanges de données, paiements transfrontaliers et sécurisation des corridors pourraient réduire les coûts de circulation tout en renforçant la lutte contre la fraude et les trafics.

Noël Ndong

Notification: 

Non