Afrique centrale : le ciel, nouvelle frontière de la croissanceVendredi 4 Septembre 2026 - 15:04 La flotte commerciale africaine passera de 755 appareils en 2025 à 1 625 en 2045. Derrière cette envolée, Boeing voit émerger un nouveau marché aérien porté par la démographie, l’urbanisation et surtout l’explosion des liaisons régionales. Pour l’Afrique centrale, le défi sera de ne pas rester à l’écart de cette révolution. Le chiffre donne la mesure du bouleversement : 1 165 avions neufs pourraient être livrés aux compagnies africaines au cours des vingt prochaines années, selon les nouvelles perspectives 2026-2045 de Boeing. Les monocouloirs représenteront 870 appareils, soit environ 75 % des livraisons. Autrement dit, la croissance attendue sera d’abord celle des liaisons intérieures, régionales et de proximité. Le trafic passagers africain devrait progresser de 6,5 % par an jusqu’en 2045. Le mouvement sera encore plus spectaculaire entre l’Afrique et le Moyen-Orient, avec une croissance annuelle estimée à 7,1 %, contre 3,4 % pour les liaisons avec l’Europe. Le continent change donc progressivement de géographie aérienne : moins dépendant des anciennes routes coloniales, davantage connecté à ses propres marchés et aux nouveaux hubs du Golfe. L’Afrique centrale, le maillon faible ? C’est ici que se joue une bataille stratégique. Avec Douala, Yaoundé, Libreville, Brazzaville, Pointe-Noire, Malabo, N'Djamena et Bangui, l'Afrique centrale possède plusieurs points d'appui pour construire un véritable réseau régional. Mais les distances, le coût des billets, la faiblesse de certaines infrastructures et l’insuffisance des liaisons directes continuent de fragmenter le marché. Le paradoxe est saisissant : alors que les économies de la Cémac ont besoin davantage de mobilité pour accélérer le commerce, les investissements et le tourisme, une partie importante des déplacements régionaux reste coûteuse et peu fluide. La montée en puissance des monocouloirs est donc une opportunité. Des appareils adaptés aux distances africaines pourraient multiplier les liaisons Douala-Brazzaville, Douala-Libreville, Yaoundé-N'Djamena, Bangui-Douala ou Libreville-Malabo, à condition que les compagnies disposent de modèles économiques viables. 140 milliards de dollars en jeu L'enjeu ne se limite d'ailleurs pas à la vente d'avions. Boeing estime à 140 milliards de dollars le marché africain des services aéronautiques entre 2026 et 2045 : maintenance, réparation, révision, équipements, transformation et services numériques. La flotte cargo devrait, elle, passer de 60 à 150 appareils, portée par la logistique, le commerce électronique et les exportations. Cette expansion nécessitera également 75 000 professionnels supplémentaires, dont 22 000 pilotes, 25 000 techniciens et 28 000 membres d'équipage de cabine. Pour l'Afrique centrale, la question est donc beaucoup plus large que celle des avions. Qui contrôlera les hubs, la maintenance, la formation, le fret et les données aériennes contrôlera une partie de la future économie de la mobilité. Le ciel africain devient ainsi un nouveau terrain de compétition entre compagnies, constructeurs et plateformes logistiques. L'Afrique centrale a vingt ans pour passer du statut de marché traversé à celui de véritable carrefour aérien. Noël Ndong Notification:Non |











