Ukraine : les combattants africains au cœur de la nouvelle bataille d’influence russe

Mercredi 16 Septembre 2026 - 17:37

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Le recrutement de ressortissants africains par la Russie ne se résume pas à une question de main-d’œuvre militaire. Il pourrait contribuer, à terme, à modifier les rapports de force sécuritaires sur le continent.

Le phénomène reste difficile à mesurer. La guerre rend opaques les circuits de recrutement, les effectifs engagés et les pertes. Mais plusieurs enquêtes ont établi la présence de ressortissants africains dans les forces russes combattant en Ukraine, certains ayant été attirés par des promesses d’emploi avant de se retrouver sur le front. Derrière ces trajectoires individuelles se dessine une question géopolitique plus large : la guerre ukrainienne est-elle en train de produire une nouvelle génération d’Africains ayant une expérience directe du combat de haute intensité ?

Le front ukrainien, laboratoire de la guerre moderne

L’Ukraine constitue un terrain exceptionnel d’expérimentation militaire. Drones commerciaux et militaires, guerre électronique, renseignement satellitaire, artillerie, frappes à longue portée, brouillage des communications et lutte anti-drone y sont employés à une échelle rarement observée depuis plusieurs décennies. Pour les combattants africains engagés sur ce théâtre, l’expérience peut donc dépasser le maniement classique des armes. Elle peut concerner la coordination entre renseignement, drones, artillerie, logistique et systèmes électroniques. Cette expérience pourrait intéresser les armées africaines confrontées à des groupes armés, au terrorisme ou à des environnements sécuritaires complexes. Mais son transfert ne sera ni automatique ni nécessairement souhaitable : il dépendra de la formation, de l’encadrement et surtout des choix doctrinaux des États concernés.

Du Sahel à l’Afrique centrale

L’enjeu prend une dimension particulière au Sahel, où plusieurs gouvernements ont profondément réorienté leurs partenariats militaires et cherchent de nouveaux fournisseurs d’équipements, de formation et de renseignement. La Russie y dispose déjà de relais sécuritaires. Le recrutement de ressortissants africains peut donc créer, à terme, des réseaux humains supplémentaires entre les appareils militaires russes et certaines sociétés africaines. En Afrique centrale, la question pourrait également intéresser les États engagés dans la lutte contre les groupes armés, la sécurisation des frontières et la protection des ressources stratégiques. Il serait toutefois excessif de présenter ces combattants comme une force organisée au service de Moscou. Les trajectoires sont individuelles, les motivations diverses et les États africains conservent leurs propres intérêts.

Le véritable enjeu : qui maîtrisera le retour d’expérience ?

C’est ici que se situe probablement le principal enjeu stratégique. Un combattant africain revenant d’Ukraine peut rapporter une expérience opérationnelle, mais aussi des contacts, des références militaires et une connaissance de méthodes employées par une puissance étrangère. Pour les États africains, l’enjeu sera donc de transformer, lorsque cela est pertinent, cette expérience en connaissance nationale, plutôt que de laisser se constituer des dépendances informelles. Le phénomène révèle surtout une évolution du rapport entre l’Afrique et les puissances militaires extérieures. Après avoir longtemps été un espace d’intervention ou de formation, le continent pourrait devenir progressivement un espace où circulent des combattants ayant eux-mêmes participé à des guerres de haute intensité. L’après-Ukraine sera donc déterminant. Ce qui se joue aujourd’hui sur les champs de bataille russes et ukrainiens pourrait demain se retrouver dans les doctrines, les équipements et les réseaux de sécurité africains. La question n’est plus seulement de savoir qui recrute les Africains. Elle est de savoir qui bénéficiera, demain, de l’expérience militaire qu’ils auront acquise.

Noël Ndong

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