Afrique centrale : la bataille des minerais critiques commence maintenant

Jeudi 17 Septembre 2026 - 15:19

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De la RDC au Gabon, l’Afrique centrale possède une partie des ressources devenues stratégiques pour la transition énergétique mondiale. Mais la sous-région reste largement positionnée sur l’extraction et l’exportation. Face à la concurrence internationale, l’enjeu est désormais de transformer le sous-sol en capacité industrielle, en emplois et en souveraineté économique.

L’Afrique centrale se trouve au coeur d’une nouvelle bataille géoéconomique. Cobalt, cuivre, manganèse, lithium, coltan, graphite : plusieurs minerais indispensables aux batteries, aux réseaux électriques, aux véhicules électriques et aux technologies avancées sont présents dans la sous-région. Mais la richesse géologique ne se traduit pas automatiquement par une puissance industrielle. L’OCDE relève que la majorité de la production de minerais critiques d’Afrique centrale est encore exportée sans transformation locale significative. Elle identifie notamment le déficit d’infrastructures, de compétences et de gouvernance comme des freins majeurs à la création de valeur.

La RDC au centre du dispositif

La République démocratique du Congo constitue le cas le plus emblématique. Premier producteur mondial de cobalt, le pays dispose également d’importantes ressources en cuivre, lithium, tantale et autres minerais stratégiques. Mais une grande partie de la valeur ajoutée est encore captée en dehors du territoire congolais. Kinshasa cherche désormais à modifier ce rapport de force. En 2026, les autorités ont notamment validé une stratégie nationale sur les minéraux et métaux critiques privilégiant la transformation locale, les industries de première et deuxième transformation et l’intégration régionale. Plus récemment, la RDC a renforcé les restrictions sur l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt afin d’encourager leur traitement local, avec certaines possibilités de dérogation pour des raisons techniques ou économiques. La démarche dépasse donc la politique minière. Elle touche à la souveraineté industrielle.

Le Gabon veut monter dans la chaîne

Le Gabon offre un autre exemple, avec le manganèse. Le pays dispose d’une importante production et a déjà engagé une transformation locale à travers le complexe métallurgique de Moanda. Les autorités veulent désormais accélérer cette politique et ont fixé l’objectif de transformer localement l’ensemble du manganèse extrait d’ici 2029. Le sujet est devenu suffisamment stratégique pour être associé à l’énergie, aux infrastructures et à l’emploi. Le gouvernement gabonais présente désormais la transformation du manganèse comme un instrument de souveraineté économique et d’industrialisation.

Un potentiel régional encore sous-exploité

Le problème est que ces initiatives restent largement nationales. Or, la transformation industrielle des minerais exige des volumes, de l’énergie, des infrastructures, des compétences et des marchés que tous les États ne peuvent pas mobiliser seuls. C’est là que se situe l’enjeu pour la CEEAC et la CEMAC. La Commission économique pour l’Afrique a déjà proposé pour la sous-région un Plan directeur d’industrialisation et de diversification économique visant notamment à faire de l’Afrique centrale une base de transformation des produits stratégiques et des minerais critiques. L’idée mérite d’être poussée plus loin : plutôt que de multiplier les unités nationales concurrentes, l’Afrique centrale pourrait rechercher une complémentarité régionale. Un pays dispose du minerai, un autre de l’énergie, un autre d’une infrastructure portuaire ou ferroviaire, un autre encore de compétences industrielles ou d’un marché. Le corridor minier ne serait alors plus seulement une voie d’exportation vers les marchés mondiaux, mais progressivement un corridor industriel régional.

La nouvelle bataille avec les grandes puissances

L’enjeu est d’autant plus stratégique que la compétition internationale s’intensifie. La Chine occupe une position dominante dans plusieurs segments de l’extraction, du traitement et du raffinage des minerais critiques africains. Les États-Unis et l’Europe cherchent parallèlement à diversifier leurs approvisionnements et à sécuriser leurs chaînes de valeur. Pour l’Afrique centrale, le risque serait de passer d’une dépendance à l’exportation brute à une nouvelle dépendance dans laquelle les capitaux étrangers financeraient l’extraction, le transport et même une partie de la transformation, tandis que la valeur stratégique resterait captée ailleurs. La réponse ne consiste pas à fermer les portes aux investisseurs. Elle consiste à mieux négocier les conditions de l’investissement : transfert de technologies, formation, contenu local, infrastructures, transformation sur place, fiscalité et participation des entreprises régionales.

Du sous-sol à la puissance industrielle

La bataille des minerais critiques est donc aussi une bataille pour l’avenir économique de l’Afrique centrale. La RDC apporte le cobalt et le cuivre ; le Gabon, le manganèse ; le Congo dispose également de ressources minières importantes ; le Cameroun cherche à valoriser davantage son potentiel minier et industriel. Mais la véritable rupture interviendra lorsque ces ressources commenceront à alimenter des chaînes de valeur qui traversent les frontières de la sous-région. L’Afrique centrale possède déjà les ressources. Elle doit maintenant construire l’écosystème industriel capable de les transformer. Le véritable enjeu n’est plus de savoir comment extraire davantage. Il est de savoir comment faire en sorte que le minerai extrait en Afrique centrale génère davantage d’industrie, de compétences, d’emplois et de puissance économique en Afrique centrale.

La bataille des minerais critiques ne se gagnera donc pas seulement dans les mines de Kolwezi ou de Moanda. Elle se jouera aussi dans les usines, les centrales électriques, les chemins de fer, les ports, les laboratoires et les centres de formation de toute la sous-région.

 

 

Noël Ndong

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