Europe-Canada : l’Afrique centrale au cœur de la bataille des minerais critiquesSamedi 19 Septembre 2026 - 15:47 Le rapprochement proposé par Ursula von der Leyen à Ottawa dépasse le seul cadre transatlantique. En plaçant les minerais critiques, l’énergie, les technologies et la défense au cœur de leur future alliance, Bruxelles et le Canada renforcent indirectement la compétition autour des ressources stratégiques d’Afrique centrale. La déclaration d’Ursula von der Leyen devant le Parlement européen, le 16 septembre, ne concerne pas seulement l’avenir des relations entre Bruxelles et Ottawa. En proposant au Canada de devenir le premier « membre associé » de l’Union européenne, la présidente de la Commission européenne a également dessiné les contours d’une coopération élargie autour des minerais critiques, de l’énergie, des technologies, de la défense et des chaînes d’approvisionnement. Pour l’Afrique centrale, le signal mérite attention La région dispose d’une partie des ressources dont les puissances industrielles cherchent désormais à sécuriser l’accès. La RDC occupe une place centrale dans le cobalt et le cuivre. Le Gabon dispose notamment de manganèse. Le Cameroun possède également des ressources minières encore insuffisamment valorisées. Une étude de l’OCDE souligne que l’Afrique centrale figure parmi les principales régions productrices de cobalt, tantale, cuivre et manganèse, minerais considérés comme stratégiques pour les nouvelles chaînes industrielles. La dynamique mondiale renforce cette pression. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les minerais critiques sont désormais directement liés aux enjeux de sécurité économique et nationale. Pour le cuivre, l’agence prévoit toujours un déficit potentiel d’offre à l’horizon 2035, malgré l’avancée de nouveaux projets notamment en RDC et en Zambie. Pour le cobalt, les décisions de Kinshasa sur les exportations ont déjà contribué à modifier les perspectives mondiales d'approvisionnement. La RDC en première ligne Bruxelles ne découvre pas la RDC. L’Union européenne compte déjà Kinshasa parmi ses partenaires stratégiques dans le domaine des matières premières. La liste européenne comprend notamment la RDC, la Zambie, l'Afrique du Sud et le Canada. L'objectif affiché est de diversifier les approvisionnements et de développer les chaînes de valeur, de l'extraction jusqu'à la transformation. C'est précisément là que se situe le véritable enjeu pour l'Afrique centrale. La compétition ne porte plus seulement sur l'accès au minerai. Elle concerne désormais la transformation, le raffinage, les infrastructures électriques, les corridors ferroviaires et portuaires, les technologies et les capacités industrielles. Pour Kinshasa, Yaoundé, Libreville, Bangui ou Brazzaville, la question devient donc celle de la valeur captée localement. Vendre davantage de cobalt, de cuivre ou de manganèse ne garantit pas mécaniquement davantage d'industrialisation. Du sous-sol aux chaînes de valeur Le rapprochement Europe-Canada pourrait ainsi accentuer la recherche de partenariats avec les producteurs africains. Mais les capitales d'Afrique centrale disposent également d'un levier : leurs ressources prennent une valeur supplémentaire dans un monde où la diversification des approvisionnements devient une priorité industrielle. L'enjeu consiste alors à négocier des infrastructures, des emplois qualifiés, du transfert technologique, de la transformation locale et un meilleur accès aux marchés, plutôt qu'à multiplier les accords centrés exclusivement sur l'extraction. Pour la Cémac comme pour la RDC et la région des Grands Lacs, cette évolution pose enfin une question de coordination. La fragmentation des politiques minières et industrielles réduit la capacité collective à peser face aux grands acheteurs et investisseurs internationaux. L'Europe et le Canada redessinent leurs alliances pour sécuriser leurs approvisionnements. L'Afrique centrale dispose, elle, des ressources recherchées. La véritable bataille sera donc de savoir si la région restera un réservoir de minerais stratégiques ou si elle parviendra à devenir un maillon industriel des nouvelles chaînes de valeur mondiales. Noël Ndong Notification:Non |











