Diversification économique : quatre filières appelées à soutenir la croissance

Vendredi 18 Septembre 2026 - 17:14

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Le bois transformé, la logistique portuaire, la mouture du maïs et l'aquaculture pourraient générer jusqu'à 22 200 emplois et attirer 1,4 milliard de dollars d'investissements privés d'ici 2030. C'est la principale conclusion du Diagnostic-pays du secteur privé (CPSD) présenté, le 17 septembre à Brazzaville, par la Société financière internationale (IFC), filiale du Groupe de la Banque mondiale(BM). À condition, préviennent les opérateurs, que soit d'abord réglée la question de l'énergie.

 

Les résultats de plusieurs mois d’étude ont été présentés en présence des ministres de l'Économie, Ludovic Ngatsé, du Développement industriel, Michel Djombo, de la Sécurité sociale, Ingrid Olga Ghislaine Ebouka-Babackas, et le ministre délégué à la Culture, Prince Bertrand Bahamboula, ainsi que des parlementaires, des représentants du patronat et des bailleurs. Ce diagnostic du secteur privé congolais qui, plutôt que de dresser l'inventaire des obstacles,  s'attache à identifier quatre filières capables de produire des résultats rapides.

Le bois transformé arrive en tête. Un meilleur accès à la matière première, des règles plus lisibles et une transformation locale accrue permettraient, selon Maty Konté, économiste senior à la BM, de créer entre 5 300 et 11 500 emplois et de mobiliser de 560 millions à 1,1 milliard de dollars. « La logistique portuaire offre également un potentiel majeur », a souligné Maty Konté.

Pour le directeur de division pour l'Afrique centrale et le Nigeria à l'IFC, Olivier Buyoya, une plus grande efficacité du port de Pointe-Noire et du corridor Pointe-Noire–Brazzaville, notamment grâce à la modernisation des procédures douanières, pourrait renforcer le rôle du Congo comme porte d'entrée régionale, créer 2 000 à 6 000 emplois et attirer 70 à 200 millions de dollars d'investissements. Dans l'agro-industrie, la mouture du maïs générerait 400 à 1 100 emplois directs et 24 à 72 millions de dollars, sous réserve d'une gouvernance plus claire, d'un meilleur accès aux intrants et du renforcement de la chaîne du froid. L'aquaculture complète le quatuor.

Olivier Buyoya n'a pas éludé les deux obstacles remontés par les participants : l'accès à une énergie abondante et compétitive, et le financement des PME et PMI. Sur le premier, il a cité les discussions en cours pour réformer la société nationale d'électricité, les investissements dans le transport régional et une rencontre, la veille, avec le ministre de l'Énergie et de l’Hydraulique, Bruno Jean Richard Itoua, autour de projets de production de l’électricité. Sur le second, la mise en place de lignes de financement et de garantie auprès des banques commerciales. « Les défis sont là, mais le plus important, c'est la volonté de pouvoir progresser », a-t-il insisté.

Un changement de modèle souhaité

Pour le ministre de l'Économie, du Plan et de l'Intégration régionale, Ludovic Ngatsé, le rapport arrive au bon moment. Une décennie de chocs internes et externes a réduit les marges budgétaires de l'État, au point que le budget d'investissement a servi de variable d'ajustement pour préserver les équilibres macroéconomiques. D'où la révision du modèle de développement, inscrite dans la vision Congo 2063 et dans le Plan national de développement 2027-2031 en préparation. « Je voudrais ici rappeler que cette orientation n'est pas une posture politique », a-t-il averti, avant d'esquisser le nouveau partage des rôles avec un État recentré sur ses fonctions régaliennes, les infrastructures de base et la régulation.

Les recommandations du CPSD, a-t-il annoncé, seront examinées dans le cadre d'un dialogue avec le secteur privé ouvert dans les prochaines semaines. Son collègue du Développement industriel, des Zones économiques spéciales(ZES) et de la Promotion du secteur privé, Michel Djombo, y voit un « point de vue additionnel » utile. « L'État pose des infrastructures, crée le cadre, et des fois il nous manque ce point de vue additionnel qui est comment valoriser tous ces investissements faits par l'État », a-t-il reconnu, rappelant que les ZES, aujourd'hui ouvertes à l'ensemble des activités industrielles, pourraient accueillir les filières identifiées.

Le patronat ramène le débat à l'électricité

Interrogée sur la principale contrainte du moment, la secrétaire générale permanente d'UNI Congo, Nancy Chenard, a été catégorique. « Quand on voit les queues qu'on a dans nos stations-service, quand on voit le nombre de sociétés qui ont dû arrêter des lignes de production par manque d'énergie (…), c'est l'accès à l'énergie », a-t-elle déclaré. Certaines entreprises, faute de réseau fiable, tournent en permanence au groupe électrogène, ce qui renchérit les coûts de production et rogne leur compétitivité.

Le deuxième grief, plus structurel, concerne l'instabilité du cadre juridique. La responsable patronale a cité des textes de hiérarchie inférieure venant contredire des textes supérieurs, et un nouveau code minier qui, selon elle, remet en cause des contrats de partage de production déjà signés, conduisant des sociétés à suspendre leurs projets.  Le climat des affaires dans son ensemble, c'est vraiment un problème capital, parce que ça nous empêche de faire venir les investisseurs.

Fiacre Kombo

Légendes et crédits photo : 

Les parties prenantes en discussions/Adiac

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