Conflit homme-faune : les communautés réclament un mécanisme de réparation

Samedi 19 Septembre 2026 - 14:25

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Les représentants des populations autochtones, de la société civile, des pouvoirs publics et des partenaires techniques, réunis le 18 septembre à Brazzaville, ont plaidé pour une réforme du régime d'indemnisation des dommages causés par la faune sauvage. Le dispositif actuel adossé à un décret de 1986 et les mécanismes assurantiels ne couvrent qu'une fraction des pertes.

Les participants à la concertation ont insisté sur la mise en œuvre de la cible 3 du cadre mondial de la biodiversité, qui engage le Congo sur 30 % d'aires conservées d'ici 2030. En effet, dans les zones forestières du nord du pays, les éléphants et d'autres espèces sauvages détruisent régulièrement champs et vergers. Les conséquences dépassent la seule perte agricole : sécurité alimentaire compromise, revenus amputés, scolarisation des enfants menacée. Selon les communautés, le coût de la conservation pèse d'abord sur ceux qui vivent aux abords des aires protégées, quand les bénéfices, eux, restent peu visibles ou inégalement répartis.

Le point focal pays du Forest Peoples Programme (FPP), Lassana Koné en a livré une illustration inattendue. « Ce que j'ignorais encore, c'est que les éléphants pouvaient aussi être accusés de provoquer des divorces », a-t-il raconté. D’après un témoignage recueilli la semaine précédente dans un village visité, la destruction répétée des cultures et les tensions économiques qui en découlent auraient contribué à plusieurs séparations conjugales. « Derrière ce témoignage qui peut nous faire sourire un instant se trouve une réalité préoccupante », a-t-il poursuivi.

Le cadre juridique national est jugé obsolète. La loi n° 37-2008 du 28 novembre 2008 sur la faune et les aires protégées constitue le principal cadre sectoriel. Ses articles 20 à 22 prévoient l'association des populations riveraines à l'élaboration des plans d'aménagement, leur participation à la gestion des aires protégées et leur accès aux revenus générés. Mais elle n'institue pas de régime spécial et opérationnel de réparation des dommages fauniques. En pratique, l'évaluation s'appuie sur le décret n° 86-970 du 27 septembre 1986, qui fixe les indemnités dues en cas de destruction d'arbres fruitiers et de cultures. Ses barèmes sont anciens et aucune procédure propre aux dégâts causés par la faune n'y est définie : ni déclaration, ni constat contradictoire, ni régime de preuve, ni délais, ni voies de recours, ni source de financement identifiée.

Une fenêtre réglementaire ouverte

 Des dispositifs alternatifs ont été expérimentés, notamment l'« assurance dévastation » autour du Parc national d'Odzala-Kokoua. Ils ont permis des réponses plus rapides et produit des données utiles, mais leurs limites sont documentées tels que la cotisation demandée aux agriculteurs, la complexité de l'évaluation, la faible prévisibilité des montants, le risque d'exclusion de certains ménages et la dépendance durable aux financements extérieurs.

Pour les participants, aucun taux d'indemnisation ne suffira s'il reste isolé. Le mécanisme attendu devrait combiner prévention, alerte précoce, protection des champs, assistance immédiate, évaluation crédible des dommages, actualisation régulière des barèmes, paiement dans des délais raisonnables et recours effectifs. « Les communautés ne devraient pas supporter seules le coût de la conservation d'une faune qui constitue un patrimoine national », a résumé Lassana Koné.

Ouvrant les travaux, le secrétaire exécutif du Centre d'encadrement communautaire pour le développement, Erick Chrysostome Nkodia, a présenté la rencontre comme « un cadre privilégié » destiné à renforcer le dispositif juridique, réglementaire et institutionnel de la conservation, « afin qu'il garantisse une approche fondée sur les droits, c'est-à-dire la reconnaissance et la protection des droits des communautés locales et populations autochtones sur leurs terres, terroirs et ressources ».

Fiacre Kombo

Légendes et crédits photo : 

1- Les parties prenantes à la résolution du conflit homme -faune/Adiac 2- Les participants à l'ouverture des travaux/Adiac

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