Afrique : faire fructifier les capitaux

Mercredi 23 Septembre 2026 - 14:45

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 Pour le continent africain, le vrai défi n’est plus de trouver l’argent, mais de le faire travaillerL’épargne africaine dépasse désormais 4 000 milliards de dollars, selon l’AFC. Mais une partie importante de ces ressources reste concentrée dans des actifs liquides et peu risqués.

L’Afrique souffre-t-elle réellement d’un manque de capitaux ? Le constat avancé par Frannie Léautier, directrice générale de SouthBridge Investments, invite à déplacer le débat. Pour elle, la contrainte tient moins à l’absence d’argent qu’à la capacité du continent à transformer son épargne en investissements productifs. L’argument est étayé par les travaux de l’Africa Finance Corporation (AFC). Son rapport 2025 estimait à plus de 4 000 milliards de dollars les ressources financières domestiques africaines, comprenant notamment les actifs bancaires, les capitaux institutionnels et les réserves. En 2026, l’AFC souligne que les actifs des fonds de pension et des assureurs ont franchi le seuil des 1 000 milliards de dollars, tandis que les réserves des banques centrales atteignaient environ 530 milliards en 2025. Ces montants ne constituent évidemment pas une cagnotte immédiatement disponible pour financer les infrastructures. Les réserves des banques centrales répondent à des impératifs de stabilité monétaire ; les banques doivent protéger les dépôts et gérer leurs contraintes prudentielles ; les fonds de pension et les assureurs sont soumis à des obligations de rendement, de liquidité et de sécurité. Le véritable enjeu est donc celui de l’intermédiation financière : identifier des projets suffisamment solides, améliorer leur préparation, réduire les risques et offrir aux investisseurs des horizons compatibles avec leurs engagements.

Le problème de la bancabilité

Selon l’AFC, le capital domestique reste largement concentré dans des instruments relativement courts et peu risqués, notamment les titres publics. Cette situation reflète notamment le manque de projets suffisamment structurés, les contraintes réglementaires et l’insuffisance des mécanismes de partage des risques. Le défi consiste alors à créer des passerelles entre l’épargne africaine et les besoins d’investissement africains : énergie, transport, numérique, industrie, agriculture ou chaînes de valeur régionales. Des instruments commencent à apparaître. En 2026, l’AFC a notamment investi dans Dhamana un mécanisme de garantie destiné à faciliter le financement en monnaie locale des infrastructures en Afrique de l’Est.

De la mobilisation au déploiement

Cette évolution traduit un changement de paradigme. Après avoir longtemps cherché à attirer davantage de capitaux étrangers, l’Afrique doit aussi apprendre à mieux utiliser ses propres ressources. Cela ne signifie pas se passer des investisseurs internationaux. Au contraire, garanties, cofinancements et instruments de réduction du risque peuvent permettre de faire levier sur l’épargne africaine et d’attirer des capitaux supplémentaires. La question centrale devient donc moins : « Où trouver l’argent ? » que : « Comment rendre les bons projets finançables et suffisamment sûrs pour que l’argent disponible puisse y aller ? » Pour l’Afrique, cette bataille de l’architecture financière pourrait être aussi décisive que celle de la mobilisation des capitaux. Le continent ne manque peut-être pas d’épargne. Il lui manque encore les mécanismes capables de la transformer à grande échelle en puissance économique.

Noël Ndong

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