Paris-Benghazi : le nouvel axe français vers l’Est libyen

Mardi 22 Septembre 2026 - 16:06

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L’ouverture d’une liaison aérienne directe entre Paris et la Libye, conjuguée au projet de réouverture du consulat français à Benghazi, traduit une intensification des échanges avec l’Est libyen. Un mouvement à lire à l’aune de la fragmentation politique du pays et de la bataille pour sa reconstruction.

Sur le tarmac du terminal 3 de Paris-Charles-de-Gaulle, Mohammed porte son jeune fils dans les bras. Il fait partie des 160 passagers du premier vol direct de Medsky Airways vers la France. « C’était important qu’il y ait cette ligne directe. Pour qu’on puisse visiter Paris et aussi pour les affaires », explique-t-il. Au-delà du symbole, cette nouvelle liaison ouvre une voie supplémentaire entre la France et la Libye. Créée à Misrata, Medsky Airways développe désormais son réseau européen, avec des destinations en Allemagne, en Italie et en Grèce. Son arrivée sur le marché français intervient alors que les échanges économiques franco-libyens connaissent une dynamique nouvelle. « Je suis sûr qu’il y a une demande et j’espère qu’il y aura aussi une demande pour le fret », souligne Abubakeer ElFortiya, président de Medsky Airways. Il souhaite également encourager les hommes d’affaires français à se rendre en Libye. L’enjeu dépasse toutefois le transport aérien. Pour Abdelhadi Al-Huweij, ministre des Affaires étrangères du gouvernement de l’Est libyen, la France doit prendre sa place dans la reconstruction du pays. « L’objectif, c’est qu’il y ait un grand nombre d’hommes d’affaires présents à Tripoli, et aussi à Benghazi. On parle d’une seule Libye », affirme-t-il.

Cette référence à une « seule Libye » est particulièrement significative. Depuis 2014, le pays reste marqué par la concurrence entre institutions et centres de pouvoir à l’Est et à l’Ouest. Le processus politique soutenu par les Nations unies vise toujours à réunifier les institutions et à organiser des élections nationales. Un accord conclu le 30 août 2026 prévoit d’ailleurs la tenue d’élections présidentielle et législatives dans un délai maximal de 24 mois, sous l’égide d’un pouvoir exécutif unique, mais sa mise en œuvre doit encore être assurée. Dans ce contexte, Paris avance sur plusieurs tableaux. La France maintient son ambassade à Tripoli et affirme officiellement son soutien à l’unité, à la stabilité et à la souveraineté libyennes ainsi qu'à la médiation de l’ONU. Mais elle entretient également un dialogue avec les acteurs de l’Est. En mai 2026, la France et la Manul ont coprésidé à Benghazi une réunion du groupe de travail sécuritaire issu du processus de Berlin. Le volet économique prend de l’ampleur. En 2025, les échanges commerciaux franco-libyens ont atteint environ 2,6 milliards d’euros. Les exportations françaises vers la Libye ont progressé de 50 % entre 2024 et 2025, à 448 millions d’euros, notamment dans les secteurs des équipements mécaniques et électriques, de l’agroalimentaire, de l’agriculture et de la pharmacie.

La prochaine étape pourrait être diplomatique. Paris travaille à la réouverture de son consulat à Benghazi, fermé depuis douze ans. Une telle décision donnerait une nouvelle profondeur à la présence française dans l’Est libyen, sans pour autant signifier une reconnaissance séparée de cette région. Le paradoxe est là : Paris cherche à multiplier les points d’entrée économiques, diplomatiques et sécuritaires en Libye tout en défendant officiellement la réunification du pays. Reste une contrainte majeure : la situation sécuritaire. Le ministère français des Affaires étrangères déconseille actuellement les déplacements à Benghazi sauf raison impérative et déconseille formellement le reste du territoire libyen. La liaison Paris-Libye constitue donc davantage qu’une nouvelle route aérienne. Elle accompagne la montée en puissance des intérêts économiques français dans un pays où la reconstruction, les infrastructures, l’énergie et les services pourraient devenir des marchés majeurs. Entre Tripoli et Benghazi, Paris semble ainsi chercher moins à choisir un camp qu’à préserver sa capacité d’action dans les deux espaces de pouvoir libyens.

Noël Ndong

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