COP31-COP32 : l’Afrique veut reprendre la main sur le climat et son financement

Mercredi 23 Septembre 2026 - 14:11

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À New York, William Ruto et le CAHOSCC préparent une position africaine commune pour Antalya et Addis-Abeba. Derrière le climat se joue une bataille plus large : financement, industrialisation, énergie, représentation du continent et réforme de la gouvernance mondiale.

L’Afrique veut arriver unie aux prochaines grandes négociations climatiques. À New York, en marge de la 81ᵉ assemblée générale des Nations unies, le président kényan William Ruto a réuni le Comité des chefs d’État et de gouvernement africains sur le changement climatique (CAHOSCC), dont il assure la coordination. Objectif : consolider la position commune du continent avant la COP31, prévue à Antalya pour novembre, tout en préparant déjà le terrain de la COP32, qui se tiendra en Éthiopie en 2027. Le message de Nairobi est désormais clairement orienté vers la mise en œuvre. Pour Ruto, l’enjeu n’est plus seulement d’accumuler les engagements climatiques, mais de transformer ces promesses en investissements, en infrastructures, en emplois et en capacités productives. Il réclame notamment des financements pour l’adaptation, des capitaux abordables, des garanties et des mécanismes de partage des risques capables de soutenir les énergies renouvelables, l’industrialisation verte et les infrastructures résilientes. Cette approche traduit une évolution du discours africain. Le climat n’est plus présenté uniquement comme une question environnementale. Il devient un levier de transformation économique.

Le financement, bataille centrale

Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a replacé cette revendication dans le cadre des principes d’équité, de justice climatique et de responsabilités communes mais différenciées. L’Afrique demeure confrontée à des impacts climatiques importants alors que sa contribution historique aux émissions mondiales reste limitée. D’où une priorité : rendre les financements d’adaptation plus importants, mais surtout accessibles, abordables et prévisibles. Le continent veut également renforcer l’accès aux technologies, aux capacités de production et aux mécanismes permettant de répondre aux pertes et dommages, sans accroître les vulnérabilités liées à la dette. La question est stratégique. Pour de nombreux États africains, la transition énergétique ne peut être dissociée de l’accès à l’électricité, de l’industrialisation et de la création d’emplois. Réseaux électriques régionaux, énergies renouvelables, cuisson propre, agriculture résiliente : l’agenda climatique africain cherche désormais à s’articuler avec les priorités du développement.

Antalya comme étape, Addis-Abeba comme test

La COP31 constituera une première épreuve de cohésion. Elle se tiendra à Antalya du 9 au 20 novembre 2026. La formule retenue est particulière : la Türkiye accueille la conférence et en assure la présidence, tandis que l’Australie dirige les négociations, selon l’accord conclu entre les deux pays. Pour l’Afrique, l’enjeu sera donc de transformer la coordination politique engagée à New York en capacité de négociation collective. La COP32, en Éthiopie, donnera ensuite au continent une visibilité supplémentaire. L’Union africaine entend travailler avec Addis-Abeba, les États membres et les partenaires afin que les priorités africaines, les expériences et les solutions du continent soient davantage intégrées aux décisions internationales. Le secrétaire exécutif de la CCNUCC, Simon Stiell, a confirmé la disponibilité de l’organisation à accompagner cette coordination d’Antalya à Addis-Abeba.

Mais le fil rouge dépasse le seul climat

À New York, António Guterres, dans son dernier discours devant l’Assemblée générale avant la fin de son mandat, a de nouveau plaidé pour une réforme des institutions multilatérales et dénoncé la sous-représentation de l’Afrique au Conseil de sécurité. C’est là que les agendas peuvent se rejoindre. Financement climatique, réforme de la gouvernance mondiale et représentation africaine procèdent d’une même revendication : faire davantage correspondre le poids démographique, économique et stratégique du continent avec sa capacité réelle d’influence dans les institutions internationales. De Nairobi à Addis-Abeba, en passant par Antalya et New York, l’Afrique cherche ainsi à passer d’une logique de revendication à une logique de coalition. Le véritable enjeu des COP31 et COP32 ne sera donc pas seulement de savoir combien de nouveaux engagements seront annoncés. Il sera de mesurer si le continent parvient à transformer son unité diplomatique en financements, investissements, industrialisation et pouvoir de négociation. Pour l’Afrique, la bataille climatique devient progressivement une bataille pour sa place dans le nouvel ordre multilatéral.

Noël Ndong

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