Guterres à l’Afrique : « Plus de pillage », le combat pour reprendre la valeur

Jeudi 24 Septembre 2026 - 16:29

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Minerais critiques, énergie, numérique, finance : à New York, le secrétaire général de l’ONU appelle à rompre avec le modèle d’une Afrique fournisseur de matières premières. Derrière l’enjeu économique se dessine une bataille pour la souveraineté et la place du continent dans le nouvel ordre mondial.

Le mot est lourd. Et il vient du sommet du système multilatéral. À New York, António Guterres a appelé à en finir avec le « pillage » des ressources africaines. Mais derrière cette formule se trouve surtout un constat économique : le continent possède des ressources stratégiques considérables sans capter une part équivalente de la valeur créée à partir de celles-ci. Lors de l’édition 2026 d’Unstoppable Africa, organisée les 20 et 21 septembre à New York par la Global Africa Business Initiative, le secrétaire général de l’ONU a voulu déplacer le débat. Il ne s’agit plus, selon lui, de convaincre le monde du « potentiel » africain, mais de déterminer qui bénéficiera de la croissance du continent. L’événement était précisément conçu autour des investissements, des transactions et des infrastructures destinées à maintenir davantage de valeur en Afrique. « Nous passons de faire des affaires en Afrique à faire des affaires avec l’Afrique », a déclaré Antonio Guterres. La nuance est stratégique.

Le vieux modèle au pied du mur

L’Afrique dispose d’environ 30 % des ressources mondiales en minerais critiques et de 60 % des meilleurs potentiels solaires de la planète, selon les données citées par le secrétaire général. Pourtant, elle ne reçoit qu’environ 2 % des investissements mondiaux dans les énergies propres. Plus de 600 millions d’Africains restent privés d’électricité. Le paradoxe est désormais difficile à ignorer : le continent possède une partie des ressources nécessaires à la transition énergétique mondiale, mais ne maîtrise encore qu’une partie limitée des chaînes de valeur qui en découlent. C’est précisément ce que Guterres avait déjà dénoncé en mai à Nairobi : ressources extraites en Afrique, valeur captée ailleurs, tandis qu’une partie des coûts environnementaux reste sur le continent. Il appelait alors à développer la transformation et la fabrication locales, la transparence et des bénéfices réels pour les communautés. À New York, le message change d’échelle. Il ne s’agit plus seulement de minerais. Il s’agit du modèle économique africain.

Du minerai à la puissance industrielle

Le cobalt, le lithium, le graphite, le manganèse ou les autres minerais critiques peuvent offrir à l’Afrique une position stratégique dans la transition énergétique mondiale. Mais l’avantage géologique ne suffit pas. Le pouvoir se déplace vers les capacités de raffinage, de transformation, de fabrication, de financement, de technologie et de recyclage. C’est pourquoi la question centrale n’est plus uniquement : combien l’Afrique extrait-elle ? Elle devient : combien transforme-t-elle ? Combien fabrique-t-elle ? Combien d’emplois qualifiés crée-t-elle ? Combien de technologies maîtrise-t-elle ? Le secrétaire général de l’ONU appelle explicitement à ce que les ressources naturelles africaines « créent de la valeur locale et des emplois décents », plutôt que d’être simplement expédiées à l’étranger. Cette logique vaut également pour l’énergie. L’Afrique dispose d’un potentiel solaire considérable, mais les capitaux ne suivent pas encore à la même hauteur. Guterres souligne ainsi le paradoxe entre les ressources renouvelables du continent et son déficit d’investissement. La bataille des minerais critiques devient donc inséparable de celle de l’électricité africaine. Sans énergie abondante et compétitive, pas de métallurgie moderne, pas de raffinage à grande échelle, pas d’industrie de batteries et pas de transformation industrielle suffisamment compétitive.

Le vrai contentieux : l’argent

Mais le principal obstacle est peut-être ailleurs : dans le coût du capital. Antoine Guterres estime que de nombreux pays en développement doivent supporter des coûts d’emprunt deux à trois fois supérieurs à ceux des économies riches. L’Afrique se retrouve ainsi avec des ressources naturelles stratégiques, des marchés en expansion et une population jeune, mais avec un accès au financement qui réduit sa capacité à industrialiser. C’est ici que son discours sur la réforme de l’architecture financière internationale prend tout son sens. Selon le secrétaire général, cette architecture a été « créée par les riches, pour les riches ». Il appelle les banques multilatérales de développement à devenir « plus grandes, plus audacieuses et meilleures » et à mobiliser davantage de capitaux privés vers l’Afrique. La souveraineté minérale sans souveraineté financière resterait incomplète. Un pays peut disposer d’un gisement exceptionnel et perdre une grande partie de la valeur si le financement, les technologies, les infrastructures et les marchés sont contrôlés ailleurs.

De l’économie à la géopolitique

C’est finalement le point le plus politique du discours de Guterres. Il relie directement la transformation économique de l’Afrique à sa représentation dans la gouvernance mondiale. L’Afrique, rappelle-t-il, demeure sans siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Il défend donc l’attribution de sièges permanents au continent. Le raisonnement est cohérent : si l’Afrique doit peser davantage dans l’économie mondiale, elle revendique aussi une place correspondant davantage à son poids dans les institutions qui fixent les règles internationales. Ressources naturelles, climat, financement, commerce et gouvernance mondiale se retrouvent ainsi dans une même équation. La Zone de libre-échange continentale africaine constitue l’un des instruments de cette transformation. Les marchés africains peuvent permettre de créer des débouchés continentaux pour des produits transformés localement plutôt que de maintenir une relation essentiellement orientée vers l’exportation des matières premières. L’enjeu est considérable. D’ici à 2050, l’Afrique représentera environ un quart de la population mondiale, rappelle Guterres. La question n’est donc plus de savoir si le continent disposera d’un poids démographique et économique croissant.

 

Noël Ndong

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