« Centres de retour » : l’Afrique au cœur de la nouvelle externalisation migratoire européenne

Lundi 28 Septembre 2026 - 16:15

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Rwanda, Ouganda : l’Union européenne cherche de nouveaux points d’appui pour éloigner de son territoire les migrants déboutés. Amnesty International alerte sur les risques de détention arbitraire, de mauvais traitements et de renvois forcés. Derrière le débat juridique se dessine une nouvelle géographie de la politique migratoire européenne.

L’Europe veut-elle déplacer sa frontière migratoire au cœur de l’Afrique ? C’est l’une des questions soulevées par les projets de « centres de retour » défendus par cinq États membres : Allemagne, Autriche, Danemark, Grèce et Pays-Bas. Réunis à Copenhague, les cinq pays ont décidé de poursuivre leurs démarches en vue de créer des structures hors de l’Union européenne destinées à accueillir des personnes dont la demande d’asile a été rejetée ou qui doivent être éloignées du territoire européen. L’objectif affiché est de parvenir à un accord avec un pays partenaire et de rendre un premier dispositif opérationnel en 2027. Aucun pays hôte n’a cependant été officiellement désigné. Mais les discussions seraient particulièrement avancées avec le Rwanda et l’Ouganda, selon plusieurs sources européennes. Des informations de presse évoquent même un projet ougandais pouvant accueillir jusqu’à 10 000 personnes. Ces éléments n’ont toutefois pas été confirmés officiellement par Kampala.

Amnesty redoute une « externalisation » des droits

À deux jours de la réunion de Copenhague, Amnesty International avait appelé les gouvernements européens à abandonner ces projets. Pour l’organisation, la localisation de ces centres hors de l’UE fait peser des risques importants : détention arbitraire, torture, traitements inhumains ou dégradants, refoulement et accès insuffisant aux recours. L’organisation pointe particulièrement le Rwanda et l’Ouganda, en rappelant leurs antécédents en matière de droits humains. Pour le Rwanda, elle rappelle notamment que la Cour suprême britannique avait conclu en 2023 que le pays ne pouvait être considéré comme un pays tiers sûr pour le transfert forcé de demandeurs d’asile dans le cadre du projet britannique aujourd’hui abandonné. Le cadre juridique européen est lui-même encore en construction. Le nouveau règlement sur les retours prévoit la possibilité de conclure de tels accords avec des pays tiers, mais il impose que ceux-ci respectent les normes et principes internationaux en matière de droits humains.

Rwanda, Ouganda : le retour de la « frontière externalisée »

Le projet révèle surtout une évolution stratégique. Après l’accord Italie-Albanie, qui avait déjà déplacé une partie du traitement migratoire hors du territoire italien, plusieurs gouvernements européens cherchent désormais à externaliser davantage la gestion des personnes déboutées. Pour les pays africains sollicités, cette évolution ouvre potentiellement un espace de négociation : financements, coopération économique, assistance technique ou accords politiques peuvent accompagner ces dispositifs. Mais elle pose également une question de souveraineté : jusqu’où un État africain peut-il devenir l’interface opérationnelle d’une politique migratoire européenne ? Le sujet dépasse donc le seul contrôle des frontières. Il touche aux rapports de puissance entre l’Europe et l’Afrique, dans un contexte où l’UE cherche à renforcer les retours alors que plusieurs pays africains sont déjà parmi les principaux territoires d’accueil des réfugiés et déplacés.

Un précédent qui dépasse le Rwanda et l’Ouganda

Le débat est loin d’être clos. Les détails opérationnels, les garanties juridiques, les conditions de détention, la durée des séjours et la responsabilité en cas de violation des droits restent largement à préciser. La question centrale est désormais celle-ci : l’Europe peut-elle externaliser matériellement ses procédures de retour sans externaliser également ses obligations juridiques et humanitaires ? Pour l’Afrique, le choix n’est pas moins stratégique : devenir un partenaire de la nouvelle architecture migratoire européenne ou refuser d’en être la périphérie opérationnelle.

Noël Ndong

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