ONU : derrière le duel de deux femmes Grynspan-Birkett, le test africain

Mardi 29 Septembre 2026 - 18:16

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Alors que Rebeca Grynspan et Carolyn Rodrigues-Birkett occupent les deux premières places des consultations du Conseil de sécurité, l’Afrique regarde la succession de Guterres avec une question plus large : sa voix pèsera-t-elle davantage dans la prochaine architecture du multilatéralisme ?

La succession d’António Guterres prend une dimension particulière pour l’Afrique. À l’issue du troisième vote indicatif du Conseil de sécurité, le 18 septembre, la Costaricaine Rebeca Grynspan et la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett restent en tête. Grynspan a obtenu neuf voix « encourage », contre huit pour Birkett. Mais ces consultations sont confidentielles, non contraignantes et ne préjugent pas du choix final, qui devra tenir compte de l’accord des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Pour l’Afrique, le sujet ne se limite pourtant pas au duel entre deux candidates latino-américaines et caribéennes. Deux candidatures africaines demeurent dans la course : l’ancien président sénégalais Macky Sall et l’Ougandais Olara Otunnu. L’ONU confirme officiellement leurs candidatures. Mais les consultations successives montrent une difficulté : au troisième tour, Macky Sall et Olara Otunnu restent derrière les deux candidates de tête. Cela ne signifie pas que la candidature africaine est définitivement écartée, mais révèle la difficulté à convertir le poids démographique et politique du continent en capacité de négociation au sein du Conseil de sécurité.

L’Afrique veut davantage qu’un secrétaire général

Cette compétition intervient surtout à un moment où l’Union africaine pousse une revendication beaucoup plus structurelle : obtenir une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité. À l’ouverture de l’actuelle séquence de l’Assemblée générale, plusieurs dirigeants africains ont de nouveau dénoncé une architecture qu’ils considèrent comme héritée de 1945 et insuffisamment représentative du monde contemporain. La revendication africaine porte notamment sur au moins deux sièges permanents avec droit de veto, conformément à la position commune portée par le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte. António Guterres lui-même a apporté un soutien explicite à cette évolution. Lors du sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, il a déclaré que l’absence de sièges permanents africains au Conseil de sécurité était « indefensible », en rappelant que nous sommes en 2026 et non en 1946. Le paradoxe est donc saisissant : l’Afrique représente 54 États membres de l’ONU, plus d’un quart de l’organisation, mais ne dispose toujours d’aucun siège permanent au principal organe décisionnel en matière de paix et de sécurité.

Le prochain secrétaire général face à l’agenda africain

Le continent attend également du prochain secrétaire général une capacité à porter ses priorités dans les grands dossiers internationaux : financement du développement, dette, changement climatique, sécurité alimentaire, transition énergétique, minerais critiques, intelligence artificielle et réforme des institutions financières internationales. Le 29 août, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a d’ailleurs reçu séparément Grynspan et Rodrigues-Birkett. Les échanges ont porté précisément sur la réforme du système multilatéral, des institutions financières internationales et sur la nécessité de renforcer la représentation et le rôle de l’Afrique dans la gouvernance mondiale. Cette rencontre est révélatrice de la stratégie africaine : dialoguer avec les candidats sans réduire l’enjeu à une candidature particulière. Pour l’Union africaine, le véritable objectif est de faire inscrire durablement les priorités africaines dans l’agenda du prochain leadership de l’ONU.

La question de la succession de Guterres devient ainsi un miroir de la bataille plus vaste menée par le continent : passer d’une Afrique régulièrement sollicitée sur les crises, le climat, les migrations ou les ressources naturelles à une Afrique davantage présente dans les lieux où se prennent les décisions. Le résultat final de la course au secrétariat général donnera un premier signal. Mais le véritable test africain sera ailleurs : la capacité du continent à transformer son poids démographique, économique, stratégique et diplomatique en pouvoir institutionnel. C’est cette bataille, plus encore que le nom du prochain secrétaire général, qui se joue aujourd’hui à New York.

Noël Ndong

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