ONU : l’Afrique veut peser sur les règles

Jeudi 1 Octobre 2026 - 18:01

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De Kinshasa à Niamey, de Dakar à Malabo, les discours africains à la 81ᵉ Assemblée générale convergent sur un constat : le continent conteste un ordre international jugé insuffisamment représentatif. Mais les stratégies divergent entre réforme du multilatéralisme, souveraineté assumée et recherche de nouveaux partenariats.

À New York, l’Afrique n’a pas tenu un discours unique. Mais plusieurs dirigeants ont employé des mots différents pour exprimer une même frustration : le décalage entre le poids réel du continent et sa capacité à participer aux décisions qui structurent l’ordre international.

La Première ministre de la RDC, Judith Suminwa Tuluka, a résumé cette revendication par une formule devenue emblématique : « Le monde de 1945 n’est plus ». Pour Kinshasa, la révolution numérique, la transition énergétique et le dérèglement climatique ont profondément modifié les équilibres mondiaux, sans que les institutions internationales aient suivi au même rythme. Mais le plaidoyer congolais va au-delà de la réforme institutionnelle. Il touche également à l’application du droit international et à la gouvernance des nouvelles technologies. Sur l’intelligence artificielle, Kinshasa réclame que les pays en développement participent à l’élaboration des règles et disposent des capacités nécessaires pour les mettre en œuvre. « La fracture numérique ne peut devenir une fracture de l’intelligence », a lancé Judith Suminwa.

Trois Afriques diplomatiques

Le Niger a choisi un registre nettement plus frontal. À la tribune de l’ONU, le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine a présenté la crise sahélienne comme une « guerre de libération » contre une tentative de recolonisation et a relié les menaces sécuritaires à la convoitise extérieure pour les ressources du Sahel. Cette posture s’inscrit dans la réorientation stratégique de Niamey, qui revendique désormais la liberté de choisir ses partenaires et entend inscrire sa coopération dans une logique d’égalité et de réciprocité. Dakar emprunte une voie différente. Le président Bassirou Diomaye Faye reconnaît la crise de confiance qui traverse le multilatéralisme, mais ne remet pas en cause les cadres existants. Il plaide pour une ONU plus représentative et plus efficace et continue de mettre en avant la coopération avec les organisations régionales et internationales. Le Sénégal privilégie donc la réforme du système plutôt que sa mise à distance. Ces différences sont importantes. Elles montrent qu’il n’existe pas une doctrine africaine unique face à l’ordre mondial.

L’enjeu commun est la souveraineté ; les chemins pour l’exercer restent profondément différents.

Des matières premières à la puissance économiqueLe deuxième front se situe dans les ressources naturelles. À Malabo, le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue a défendu une Afrique capable de transformer davantage ses matières premières, de développer ses chaînes de valeur et d’acquérir les technologies nécessaires à son industrialisation. L’objectif affiché est de passer progressivement du statut de fournisseur de ressources à celui de partenaire industriel. La Guinée de Mamadi Doumbouya défend une logique comparable autour de ses infrastructures et du projet Simandou : attirer les capitaux, mais en recherchant davantage de transformation locale et de retombées nationales. C’est ici que la revendication diplomatique rejoint la géoéconomie. Un pays qui exporte son minerai brut dispose d’une marge de négociation limitée ; celui qui maîtrise davantage la transformation, les infrastructures, les données et les technologies augmente mécaniquement son pouvoir de négociation.

Le véritable enjeu : contrôler les règles

C’est finalement sur ce terrain que les discours de New York se rejoignent le plus. L’Afrique réclame davantage de représentation au Conseil de sécurité, mais également une participation accrue à la définition des normes qui encadreront demain l’intelligence artificielle, les minerais stratégiques, la transition énergétique, le financement du développement ou encore le commerce mondial. Le paradoxe demeure toutefois considérable : revendiquer une réforme de l’ordre international ne suffit pas à accroître le rapport de force. Encore faut-il disposer de capacités économiques, technologiques, militaires, diplomatiques et financières permettant de défendre durablement ses intérêts. C’est toute la difficulté du moment africain. Le continent dispose d’un poids démographique croissant, de ressources stratégiques considérables et d’un marché continental en construction. Mais ses États ne partagent ni les mêmes alliances, ni les mêmes doctrines diplomatiques, ni les mêmes priorités stratégiques. À New York, cette diversité était visible.

L’Afrique ne demande donc plus seulement une chaise autour de la table. Elle veut participer à la rédaction du menu, fixer davantage les règles du jeu et, surtout, disposer des moyens de les faire respecter.

Noël Ndong

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