Force africaine en attente : l’UA veut enfin transformer l’architecture de sécurité en capacité opérationnelleJeudi 8 Octobre 2026 - 14:06 L’Union africaine veut franchir une nouvelle étape dans la construction d’une capacité africaine de réponse aux crises. Réunis à New Alamein en Égypte, les représentants de l’organisation continentale, des communautés économiques régionales (CER) et des mécanismes régionaux ont adopté un protocole d’accord destiné à renforcer la coordination autour de la Force africaine en attente (FAA). Présentée par le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, comme un « tournant majeur », cette décision cherche à résoudre l’une des faiblesses persistantes de l’architecture africaine de paix et de sécurité : l’écart entre les mécanismes institutionnels et leur capacité réelle à intervenir rapidement. Du continent aux régions : le maillon décisif La question est stratégique. Depuis sa conception, la FAA repose sur cinq composantes régionales appelées à constituer des capacités militaires, policières et civiles mobilisables en cas de crise. Mais la multiplication des opérations conduites par les organisations régionales impose désormais de mieux articuler niveau continental et niveau régional. Mahmoud Ali Youssouf veut notamment que les opérations déployées par les CER soient officiellement reconnues et intégrées dans le cadre de la FAA. Il appelle également à harmoniser l’interprétation du principe de subsidiarité, à renforcer l’interopérabilité et à systématiser le partage des enseignements tirés des opérations. Pour l’Afrique centrale, cette évolution est loin d’être théorique. La CEEAC possède son propre environnement institutionnel de paix et de sécurité et peut être appelée à jouer un rôle dans la prévention et la gestion des crises de la sous-région. La question posée à l’échelle continentale est donc aussi celle de l’articulation entre les capacités régionales et l’architecture de l’UA. Autrement dit : qui intervient en premier, dans quel cadre, avec quel mandat et avec quels financements ? L’Afrique centrale face au test de la subsidiarité Le principe de subsidiarité devient ici central. L’idée n’est pas de substituer systématiquement Addis-Abeba aux organisations régionales, mais de permettre une meilleure répartition des responsabilités. Cette clarification pourrait être particulièrement importante dans les espaces confrontés à des crises transfrontalières. Terrorisme, trafics, déplacements forcés, conflits communautaires, changements anticonstitutionnels ou déstabilisation des zones frontalières ignorent les frontières administratives. Le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, Parfait Onanga-Anyanga, a précisément insisté sur cette dimension. Les menaces actuelles exigent, selon lui, des réponses coordonnées et une cohérence politique entre les différents niveaux d’intervention. Le véritable verrou reste le financement Mais l’adoption du protocole ne règle pas le problème le plus difficile : celui des moyens. Une force africaine peut être juridiquement organisée sans être réellement disponible. La préparation opérationnelle dépend de la génération des forces, de leurs équipements, de leur entraînement, des capacités de commandement, des procédures d’autorisation et surtout de la disponibilité de financements prévisibles. C’est dans ce contexte que la résolution 2719 du Conseil de sécurité des Nations unies prend une importance particulière. Les discussions entre l’UA et l’ONU se poursuivent sur les modalités permettant d’assurer un financement plus prévisible des opérations de paix conduites par l’organisation africaine. Le problème est donc moins de savoir si l’Afrique dispose de soldats que de déterminer si elle possède une chaîne complète de décision, de déploiement, de financement et de soutien logistique. Une architecture encore à éprouver Le protocole adopté à New Alamein constitue ainsi une étape institutionnelle importante, mais son efficacité se mesurera sur le terrain. Pour la CEEAC comme pour les autres communautés régionales, le défi sera de transformer la coopération institutionnelle en mécanismes réellement interopérables : états-majors capables de travailler ensemble, procédures harmonisées, forces disponibles, équipements adaptés et mécanismes financiers activables rapidement. L’enjeu dépasse la seule Force africaine en attente. Il touche à la capacité du continent à assumer davantage lui-même la gestion de ses crises, tout en conservant un partenariat structuré avec les Nations unies. À New Alamein, l’UA ne crée donc pas une nouvelle architecture. Elle cherche plutôt à rendre opérationnelle celle qui existe déjà. Pour l’Afrique centrale, le test sera concret : faire de la subsidiarité entre UA et CEEAC non pas un principe institutionnel supplémentaire, mais une véritable chaîne africaine de prévention, de décision et d’intervention.
Noël Ndong Notification:Non |











