CPI : Washington passe de la pression à la menace de démantèlement

Lundi 12 Octobre 2026 - 14:04

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En sanctionnant la Cour pénale internationale et en promettant de la « démanteler » si elle poursuit ses actions contre des ressortissants américains ou leurs alliés, l’administration Trump ouvre un nouveau front avec une institution centrale de l’ordre juridique international. La coïncidence avec le Nobel de la paix attribué à Navi Pillay donne à cette confrontation une portée politique et symbolique particulière.

Le message de Washington est désormais explicite. Les États-Unis ont annoncé de nouvelles sanctions contre la Cour pénale internationale (CPI), accusée par l’administration Trump de menacer les intérêts américains et ceux de ses alliés. Le secrétaire d’État Marco Rubio a fixé une ligne rouge : « Soit la CPI met fin à ses menaces, soit nous mettrons fin à la CPI ». La formule dépasse la simple contestation juridique. Elle traduit une volonté de peser directement sur le fonctionnement d’une institution que les États-Unis n’ont pourtant jamais reconnue comme une juridiction à laquelle ils seraient soumis. Washington et Israël ne sont pas parties au Statut de Rome, traité fondateur de la CPI, qui compte 125 États membres. Le contentieux s’est considérablement durci depuis novembre 2024, lorsque la Cour a délivré des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour des crimes de guerre présumés à Gaza.

Pour Washington, cette décision illustre les risques d’une juridiction susceptible, selon lui, d’exercer sa compétence au-delà de son champ légitime. La stratégie américaine ne se limite toutefois plus aux critiques. Des juges et procureurs de la CPI ont déjà été visés par des sanctions américaines. La nouvelle offensive entend désormais exercer une pression collective sur les États parties afin qu’ils limitent l’action de la Cour. C’est ici que se situe l’enjeu géopolitique. La CPI ne dispose pas d’une force propre et dépend largement de ses États membres pour l’arrestation des personnes recherchées, l’accès aux territoires, les ressources et la coopération judiciaire. Une pression américaine prolongée pourrait donc fragiliser moins la légitimité juridique de la Cour que sa capacité opérationnelle. La réaction de la CPI, dénonçant une attaque contre l’État de droit, souligne cette fracture. Les États membres sont désormais confrontés à un choix délicat : défendre l’autonomie d’une institution judiciaire internationale ou composer avec Washington, dont le poids diplomatique, économique et sécuritaire demeure considérable.

La dimension africaine est particulièrement sensible. L’Afrique a joué un rôle important dans la construction et l’utilisation de la justice pénale internationale, tandis que plusieurs responsables africains ont eux-mêmes été poursuivis devant la CPI. L’attribution du prix Nobel de la paix 2026 à Navi Pillay, ancienne juge de la Cour et figure sud-africaine de la justice internationale, intervient ainsi au moment même où cette architecture est contestée par la première puissance mondiale. Le paradoxe est saisissant : au moment où une figure africaine de la justice internationale est récompensée pour son combat en faveur de la responsabilité pénale, Washington menace l'institution à laquelle elle a contribué. Au-delà du face-à-face Trump-Rubio contre la CPI, une question plus fondamentale se pose : la justice pénale internationale peut-elle exercer une autorité crédible lorsque les grandes puissances refusent de se soumettre aux mêmes règles ? La réponse déterminera une partie de l’avenir de l’ordre juridique international.

Noël Ndong

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