Finance islamique : Armel Saint Silvère Dongou plaide pour la diversification des financements en zone Cémac et UmoaSamedi 24 Octobre 2026 - 9:00 L’ingénieur financier et expert en finances publiques et marchés financiers, le Dr Armel Saint Silvère Dongou, préconise le développement de la finance islamique comme source complémentaire de financement des économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac) ainsi que de l’Union monétaire ouest-africaine (Umoa). Cette approche vise notamment à soutenir les investissements, à renforcer l’inclusion financière et à consolider la souveraineté financière des États.
Selon cette analyse, les deux régions sont confrontées à des défis similaires, notamment l’insuffisance de l’épargne longue, les besoins importants en infrastructures, les difficultés d’accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises ainsi que les contraintes pesant sur les finances publiques. Le recours aux instruments de la finance islamique pourrait ainsi contribuer à élargir les sources de capitaux et à diversifier les mécanismes de financement existants. Reposant notamment sur l’interdiction de l’intérêt et sur le principe d’un lien entre les opérations financières et l’économie réelle, la finance islamique propose plusieurs instruments, dont la murabaha, l’ijara et les sukuk. La murabaha est un contrat de vente assorti d’une marge bénéficiaire convenue entre les parties, tandis que l’ijara repose sur un mécanisme de location comparable au crédit-bail. Les sukuk, quant à eux, sont des certificats financiers adossés à des actifs, à des projets ou à des activités économiques, permettant de mobiliser des ressources auprès des investisseurs. Des avancées différentes entre les deux régions L’analyse met en évidence une évolution différenciée de la finance islamique en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest. Dans l’espace Umoa, les avancées réglementaires et les expériences d’émission de sukuk souverains constituent des acquis susceptibles de favoriser l’approfondissement des marchés financiers et la diversification de la base des investisseurs. En Afrique centrale, l’adoption, en octobre 2022, du règlement communautaire relatif aux conditions d’exercice et de contrôle de l’activité de finance islamique représente une étape importante dans la structuration de ce secteur. La consolidation de cette dynamique dépendra toutefois de la mise en œuvre effective du dispositif réglementaire, du renforcement des compétences professionnelles et de la conception de produits adaptés aux réalités économiques de la sous-région. Les sukuk au service du financement des infrastructures Pour les pouvoirs publics, les sukuk souverains constituent une piste de diversification des ressources destinées au financement des infrastructures routières, énergétiques, sanitaires et portuaires. Leur développement pourrait également permettre d’attirer de nouveaux investisseurs, sous réserve de garantir la transparence des opérations, la viabilité économique des projets et une gestion rigoureuse des risques. La finance islamique ne saurait cependant être considérée comme un financement sans coût ni comme un moyen de contourner les contraintes liées à l’endettement public. Son efficacité demeure tributaire de la qualité de la gouvernance, de la discipline budgétaire et de la soutenabilité des engagements financiers des États. Le secteur privé représente également un champ d’application important. Les mécanismes de financement d’actifs et de partenariat pourraient faciliter l’acquisition d’équipements, soutenir les activités agricoles et améliorer l’accès des petites entreprises aux ressources financières. Par ailleurs, l’association de la microfinance islamique aux services financiers numériques pourrait contribuer à élargir l’inclusion financière et à mobiliser une épargne encore peu intégrée aux circuits formels. Une coopération régionale à consolider Le Dr Armel Saint Silvère Dongou met également en avant l’intérêt d’une coopération accrue entre la Banque des États de l’Afrique centrale, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et les autorités de régulation des deux régions. Les échanges d’expertise, la formation des professionnels, le rapprochement des approches techniques et le développement de marchés secondaires plus liquides figurent parmi les pistes susceptibles d’accompagner l’essor de ce secteur. Au-delà de la diversification des instruments financiers, l’enjeu réside dans la capacité des deux unions monétaires à orienter les ressources mobilisées vers des investissements productifs, transparents et durables. La finance islamique pourrait ainsi contribuer au financement du développement en Afrique centrale et de l’Ouest, à condition de s’inscrire dans des cadres réglementaires solides et une gestion responsable des ressources.
Marie Alfred Ngoma Légendes et crédits photo :Dr Armel Saint Silvère Dongou Notification:Non |


Face à l’ampleur des besoins de financement des économies africaines, la diversification des ressources apparaît comme un enjeu majeur pour les deux unions monétaires de la zone franc CFA. Dans une analyse consacrée à ces espaces économiques, l’expert congolais met en avant les possibilités offertes par la finance islamique pour accompagner le financement des infrastructures et le développement du secteur privé.








