Gestion des aires protégées : le Cameroun veut s’inspirer de l’expérience du Congo

Mardi 27 Octobre 2026 - 9:06

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Une délégation camerounaise conduite par le ministre des Forêts et de la Faune, Jules Doret Ndongo, séjourne à Brazzaville pour s’imprégner du modèle congolais de gestion des aires protégées, notamment celui du parc national de Nouabalé-Ndoki. L’initiative fait ressortir les enjeux d’une conservation de la biodiversité davantage intégrée au développement économique et social des pays d’Afrique centrale.

 

Le Congo fait école en matière de gestion des aires protégées. La démarche  de la partie camerounaise consiste à comprendre les mécanismes de cogestion développés par ce pays, notamment à travers son partenariat avec l’organisation non gouvernementale Wildlife Conservation Society (WCS), en vue d’en tirer des enseignements. Placée sur le thème « Partenariats pour la conservation de la biodiversité : explorer les meilleures pratiques pour une gestion efficace, durable et responsable des aires protégées. Le Cameroun à l’école du Congo », cette initiative a débuté par un segment institutionnel, avant des échanges entre les bureaux de WCS Congo et Cameroun, prévus le lendemain.

Pour le ministre Jules Doret Ndongo, l’objectif est de découvrir les ressorts d’un modèle qui associe les pouvoirs publics et les partenaires spécialisés dans la conservation. « Nous sommes venus apprendre de nos amis et frères congolais sur un sujet bien précis, qui est la gestion des aires protégées », a-t-il expliqué. Son pays privilégie jusqu’ici une gestion directe de ces espaces par le ministère chargé des Forêts et de la Faune. Le responsable camerounais estime qu’il est désormais nécessaire de dépasser une conception de la conservation limitée à la protection des écosystèmes.

Le modèle ambitionné, a-t-il dit, est celui qui doit contribuer au financement des États et à l’amélioration des conditions de vie de la population riveraine. C’est précisément l’intérêt qu’il porte à l’expérience congolaise, notamment à la convention conclue en 2014 entre le gouvernement et WCS. « Nous sommes venus voir comment c’est organiser, qui fait quoi dans ce partenariat », a-t-il indiqué, faisant de la répartition des responsabilités entre l’État et les organisations partenaires l’un des principaux objets de cette mission.

Du côté congolais, la ministre de l’Économie forestière, Rosalie Matondo, a mis en avant plusieurs facteurs expliquant les avancées enregistrées dans la gestion des aires protégées. Au premier rang figure la volonté politique, qui a permis d’inscrire la préservation durable des écosystèmes forestiers parmi les priorités nationales. Elle a rappelé que la politique de protection des espaces naturels au Congo remonte à plusieurs décennies, avec précisément la création de l’aire protégée d’Odzala-Kokoua en 1935. Aujourd’hui, le pays s’appuie sur un dispositif de cogestion associant l’État, à travers l’Agence congolaise de la faune et des aires protégées, et des organisations non gouvernementales internationales.

Mais, pour Rosalie Matondo, l’efficacité du dispositif repose aussi sur la participation des communautés locales. La population vivant à l’intérieur ou aux abords des espaces protégés dépend des ressources forestières pour sonr alimentation et ses activités quotidiennes. Son implication dans les mécanismes de décision constitue donc un levier essentiel pour concilier conservation et besoins socioéconomiques. Elle a surtout insisté sur sa participation aux instances de gouvernance des aires protégées et sur la prise en compte de ses besoins dans les conventions de partenariat.

Des potentialités à valoriser et des défis à surmonter

Rosalie Matondo plaide pour une meilleure valorisation économique des aires protégées. L’écotourisme, les activités génératrices de revenus, les crédits carbone, les crédits biodiversité et les paiements pour services environnementaux figurent parmi les pistes envisagées. L’enjeu est de parvenir à mobiliser des ressources financières à partir des services rendus par les écosystèmes, tout en améliorant les retombées de la conservation pour les communautés riveraines. Pour la ministre, cette nouvelle orientation doit permettre aux États de réduire leur dépendance aux financements extérieurs consacrés à la protection de la nature.

Si le modèle congolais suscite l’intérêt de la délégation camerounaise, sa mise en œuvre reste confrontée à plusieurs difficultés. Rosalie Matondo a relevé l’insuffisance des financements publics consacrés aux aires protégées. Elle estime que les budgets nationaux doivent prévoir des lignes spécifiques afin de garantir la continuité des activités de conservation, sans dépendre exclusivement des contributions des partenaires. La lutte contre le braconnage constitue un autre défi majeur. Elle nécessite des effectifs suffisants d’écogardes, des moyens opérationnels et des ressources permettant d’assurer une surveillance efficace des espaces protégés.

La ministre a également attiré l’attention sur la superposition des usages, notamment lorsque des ressources minières sont découvertes à l’intérieur des aires protégées. Les pouvoirs publics se retrouvent alors confrontés à la nécessité d’arbitrer entre les perspectives de recettes liées à l’exploitation minière et les impératifs de préservation de la biodiversité. À ces difficultés s’ajoute la faible valorisation touristique de nombreux sites naturels. Malgré la richesse de leurs paysages et de leur faune, les aires protégées d’Afrique centrale restent confrontées aux problèmes d’accessibilité et à un déficit d’infrastructures d’accueil adaptées.  

Fiacre Kombo

Légendes et crédits photo : 

La collaboration renforcée entre les deux parties /Adiac

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