Coopération : Paris retourne dans le jeu militaire de TripoliMardi 27 Octobre 2026 - 10:38 Formation, renseignement opérationnel, partage d’expertise : derrière les échanges entre Tripoli et Paris se dessine un enjeu stratégique majeur. Dans une Libye fragmentée, la coopération militaire peut devenir un levier d’influence, mais aussi un révélateur des ambitions françaises en Méditerranée et en Afrique du Nord. Le dialogue militaire franco-libyen reprend de la consistance. À Tripoli, le chef d’état-major général de l’armée libyenne, Salah Eddine Al-Namrouch, a reçu l’attaché de défense de l’ambassade de France, accompagné d’une délégation militaire, en présence de l’ambassadeur français Thierry Vallat. Au centre des échanges: la formation des militaires, le perfectionnement des personnels, le partage d’expertise et le renforcement des capacités opérationnelles, notamment celles des forces spéciales. Selon le communiqué de l’état-major libyen, cette rencontre vise à développer les mécanismes de coopération bilatérale et à améliorer la préparation des unités concernées. Derrière le vocabulaire technique, l’enjeu est politique : dans un pays où la reconstruction de l’appareil sécuritaire reste étroitement liée à la question de l’unité nationale, chaque partenariat militaire peut peser sur les équilibres de pouvoir. La formation, instrument d’influence La coopération militaire ne se limite pas à la fourniture d’équipements. La formation, le perfectionnement des cadres et la transmission de savoir-faire peuvent créer des relations durables entre institutions, favoriser l’interopérabilité et établir des canaux de dialogue privilégiés. Pour la France, ces échanges offrent une possibilité de maintenir une présence stratégique dans un espace situé au carrefour de la Méditerranée, du Sahel et de l’Afrique du Nord. Pour les responsables militaires libyens, ils peuvent contribuer à renforcer les compétences opérationnelles et à moderniser certaines unités. Les forces spéciales constituent à cet égard un domaine particulièrement sensible. Leur efficacité dépend autant de l’entraînement, du commandement et du renseignement que des équipements. Mais le renforcement de telles capacités soulève aussi une question essentielle : dans quel cadre institutionnel et sous quelle autorité ces compétences seront-elles employées ? Le communiqué disponible ne précise ni le contenu détaillé des formations ni leur calendrier, encore moins les unités qui pourraient en bénéficier. Il serait donc prématuré d’y voir la confirmation d’un programme opérationnel plus vaste. Tripoli, Paris et la bataille des partenariats Cette rencontre prolonge un dialogue engagé plusieurs mois auparavant. Le 11 juin, Salah Eddine Al-Namrouch avait déjà reçu une délégation française, comprenant l’ambassadeur et le commandant du bâtiment Pluton, spécialisé dans le soutien aux opérations de déminage sous-marin. Les discussions portaient également sur la formation, le perfectionnement militaire et le partage d’expertise. La répétition de ces contacts témoigne d’une volonté de maintenir les canaux de coopération. Elle ne suffit toutefois pas à établir l’existence d’un accord militaire global ou d’un changement stratégique majeur. La Libye demeure un terrain complexe, où les enjeux de sécurité se mêlent aux rivalités institutionnelles, aux intérêts économiques et aux interventions de puissances étrangères. Dans ce contexte, Paris doit composer avec une réalité : l’influence ne se construit pas uniquement par les contacts officiels, mais par la cohérence des engagements et leur capacité à produire des résultats durables. Le test de la souveraineté libyenne Pour Tripoli, l’enjeu est de tirer profit des partenariats extérieurs sans accroître les dépendances ni aggraver les divisions internes. Une coopération militaire efficace suppose des objectifs transparents, une chaîne de commandement clairement définie et des institutions capables de garantir que les compétences acquises servent une stratégie nationale. Pour Paris, la question est tout aussi stratégique. Une relation militaire durable avec Tripoli pourrait renforcer son dialogue avec les acteurs Nord-africains et sa compréhension des menaces en Méditerranée. Mais sa crédibilité dépendra de sa capacité à soutenir la stabilisation institutionnelle plutôt qu’à privilégier uniquement des coopérations ponctuelles. Dans la Libye d’aujourd’hui, former des soldats est un acte militaire ; choisir avec qui, pour quelles missions et sous quelle autorité relève de la géopolitique. Le rapprochement franco-libyen ouvre une possibilité de coopération. Sa portée réelle dépendra désormais des engagements concrets, de leur transparence et de leur contribution à une architecture sécuritaire libyenne plus cohérente.
Noël Ndong Notification:Non |











