Russie–Afrique : Moscou veut convertir le rapprochement politique en puissance économique

Mardi 27 Octobre 2026 - 12:08

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Commerce, nucléaire civil, paiements et sécurité alimentaire, le forum des 28 et 29 octobre doit préciser les leviers d’un partenariat stratégique. Pour les États africains, l’enjeu sera de transformer les promesses de coopération en investissements, transferts technologiques et bénéfices économiques mesurables.

Les 28 et 29 octobre, le forum économique et humanitaire Russie–Afrique entend donner une nouvelle impulsion aux relations entre Moscou et les capitales des États africains. Organisée en marge du troisième sommet Russie–Afrique, cette rencontre réunira responsables publics, représentants d’organisations internationales, entrepreneurs, financiers et experts autour de secteurs qui dépassent désormais le seul cadre diplomatique : commerce, investissements, énergie nucléaire civile, systèmes de paiement, transformation numérique et sécurité alimentaire. Derrière cette programmation se dessine une ambition : faire du rapprochement politique russo-africain un partenariat économique plus structuré. Pour Moscou, il s’agit d’élargir ses débouchés, de consolider ses relations avec les économies africaines et de développer des coopérations dans des domaines stratégiques. Pour les capitales africaines, la question centrale est celle de la contrepartie : quels financements, quels emplois, quels transferts de compétences et quelle valeur ajoutée locale pourront résulter de ces engagements ?

Des secteurs stratégiques, mais des résultats à démontrer

L’énergie nucléaire civile figure parmi les dossiers les plus sensibles. Elle ouvre des perspectives en matière de production électrique, de formation scientifique et de coopération technologique. Mais les projets nucléaires supposent des investissements considérables, des garanties de sûreté, des compétences spécialisées et une planification de long terme. Leur pertinence dépendra donc de leur coût, de leur financement et de leur capacité à répondre aux besoins énergétiques réels des pays partenaires. Les systèmes de paiement et la transformation numérique constituent un autre axe de coopération. Dans un contexte où les infrastructures financières et les paiements transfrontaliers restent des enjeux majeurs pour le commerce africain, toute solution permettant de réduire les coûts et les délais peut présenter un intérêt. Elle devra toutefois être évaluée au regard de son interopérabilité, de sa sécurité, de sa conformité réglementaire et de sa capacité à fonctionner dans un environnement financier international marqué par les sanctions visant la Russie. La sécurité alimentaire représente, elle aussi, un terrain de coopération concret. Les échanges agricoles, les engrais, les équipements, le stockage et la transformation locale peuvent contribuer à renforcer les capacités productives africaines. Mais la durabilité du partenariat dépendra moins des déclarations d’intention que de la régularité des approvisionnements, de l’accessibilité des prix et du développement de chaînes de valeur sur le continent.

De Sotchi à Saint-Pétersbourg : la continuité d’un dispositif

Le processus a été lancé en 2019 à Sotchi, où le premier forum avait réuni des dirigeants africains, des responsables institutionnels ainsi que des acteurs économiques russes et internationaux. L’édition suivante, organisée les 27 et 28 juillet 2023 à Saint-Pétersbourg, avait enregistré, selon les chiffres communiqués pour l’événement, plus de 9 000 participants et représentants des médias venus de Russie et de cent quatre pays et territoires étrangers. Son programme avait compté cinquante-neuf sessions et 457 intervenants. Le rendez-vous de 2026 s’inscrit dans cette continuité, avec une attention affichée aux dimensions économiques et humanitaires. Reste une difficulté structurelle : la tenue de forums et la signature d’accords ne garantissent pas, à elles seules, leur financement ni leur mise en œuvre.

L’Afrique face à l’exigence de réciprocité

Pour les pays africains, l’intérêt du forum sera donc de négocier des partenariats évaluables et adaptés à leurs priorités nationales. Cela suppose des engagements financiers identifiables, des calendriers d’exécution, des mécanismes de suivi et une transparence sur les conditions contractuelles. La coopération scientifique et technologique devra également favoriser la formation locale et le transfert de compétences, plutôt que la seule importation de produits ou de services. Le défi est aussi collectif. Les institutions régionales africaines, les banques de développement et les organisations d’intégration peuvent contribuer à agréger les besoins, à harmoniser les règles et à améliorer le pouvoir de négociation des États. Le forum des 28 et 29 octobre sera ainsi un test de crédibilité pour le partenariat russo-africain. Moscou cherche à consolider sa présence économique sur le continent ; les pays africains ont intérêt à diversifier leurs partenaires. Mais la diversification n’a de valeur stratégique que si elle élargit les marges de manœuvre africaines, soutient la production locale et produit des résultats vérifiables. La véritable mesure du sommet ne sera pas le nombre de rencontres organisées, mais la capacité des engagements annoncés à se transformer en projets financés et en bénéfices durables pour les économies africaines.

 

 

Noël Ndong

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