AES-Afrique centrale : le pari diplomatique d'Assimi Goïta auprès de Denis Sassou N'Guesso

Vendredi 30 Octobre 2026 - 9:30

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À Moscou, le 27 octobre, le dirigeant malien a rencontré Denis Sassou N'Guesso. Une démarche qui pourrait ouvrir à Bamako de nouveaux relais diplomatiques en Afrique centrale, à condition de dépasser le symbole.

En rencontrant Denis Sassou N"Guesso le 27 octobre, en marge du sommet Russie-Afrique, le dirigeant malien ouvre une séquence diplomatique qui pourrait rapprocher l’Alliance des Etats du Sahel (AES) de Brazzaville. Sécurité régionale, souveraineté et solidarité continentale : au-delà des déclarations, l’enjeu est de transformer le dialogue en coopération concrète.  À première vue, cette rencontre s’inscrit dans le ballet des consultations bilatérales qui accompagnent les grands rendez-vous internationaux. Mais elle présente un intérêt particulier : elle met en contact le chef de la Transition malienne, engagé dans la recomposition stratégique du Sahel, et l’un des dirigeants les plus expérimentés d’Afrique centrale. Pour Bamako, le dialogue avec Brazzaville peut constituer un moyen d’élargir ses interlocuteurs africains au-delà de son environnement immédiat. Pour Brazzaville, il offre une occasion supplémentaire de faire entendre sa lecture des enjeux de paix et de sécurité à l’échelle continentale. Rien ne permet toutefois, à ce stade, de parler d’une alliance nouvelle ou d’un accord stratégique formalisé.

L’AES à la recherche de relais continentaux

Depuis la création de l’AES par le Mali, le Burkina Faso et le Niger en septembre 2023, les trois pays ont engagé une recomposition de leurs relations régionales. Leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, devenu effectif en janvier 2025, a accentué cette rupture institutionnelle et ouvert une nouvelle phase dans les rapports avec leurs voisins. Dans ce contexte, la diversification des partenariats africains représente un enjeu diplomatique important. Les relations avec des États extérieurs à l’espace Ouest-africain peuvent offrir de nouveaux canaux de dialogue, notamment sur la sécurité, la médiation et les positions africaines dans les enceintes multilatérales. Le Congo de Denis Sassou N'Guesso peut, à cet égard, constituer un interlocuteur utile. Mais la proximité politique ne garantit pas une convergence automatique : les intérêts nationaux, les priorités sécuritaires et les contraintes diplomatiques de Brazzaville ne se confondent pas nécessairement avec ceux de Bamako.

Souveraineté : un langage commun, des intérêts à préciser

Selon le compte rendu officiel malien, Assimi Goïta a rappelé les trois principes qui, pour Bamako, doivent encadrer tout partenariat : le respect de la souveraineté de l’État, celui des choix souverains du peuple et la défense des intérêts nationaux. Ce discours prolonge la doctrine défendue par les autorités de transition depuis plusieurs années. Il s’adresse désormais aussi aux partenaires africains : la souveraineté revendiquée par le Mali ne concerne pas seulement ses relations avec les puissances occidentales, mais doit également structurer ses coopérations Sud-Sud. Les deux dirigeants ont souligné, par ailleurs, que la sécurité en Afrique dépend de l’union des Africains plutôt que de leur isolement. Cette formule est importante dans une région où les menaces armées dépassent les frontières nationales. Elle pose cependant une question opérationnelle : comment convertir cette volonté politique en mécanismes de coopération, en échanges de renseignements, en coordination diplomatique ou en dispositifs de prévention des crises ?

Moscou, théâtre d’une diplomatie africaine à plusieurs niveaux

Le choix de Moscou donne à cette rencontre une dimension supplémentaire. Le sommet Russie-Afrique réunit des dirigeants qui cherchent à diversifier leurs partenariats et à défendre leurs intérêts dans un environnement international marqué par les rivalités de puissance. Pour Assimi Goïta, ce cadre permet de combiner dialogue avec la Russie et consultations avec d’autres responsables africains. Pour Denis Sassou N'Guesso, il constitue également un espace de discussions bilatérales, sans que sa présence au sommet signifie nécessairement un alignement sur toutes les orientations de Bamako. Cette nuance est essentielle. La multiplication des contacts diplomatiques ne doit pas être confondue avec la constitution d’un bloc homogène. Les États africains peuvent partager un objectif de souveraineté ou de sécurité collective tout en conservant des approches différentes sur leurs partenariats militaires, leurs relations extérieures et les mécanismes de résolution des crises.

Du symbole diplomatique aux résultats concrets

Aucun accord bilatéral précis n’a été annoncé dans le compte rendu malien de la rencontre. Les informations disponibles ne permettent pas davantage d’établir qu’un mécanisme permanent de coopération entre Brazzaville et l’AES aurait été décidé. Le véritable enjeu se situe donc dans les suites. Des consultations régulières, une meilleure coordination sur les crises africaines ou des échanges d’expériences en matière de médiation pourraient donner une portée durable à ce rapprochement. Encore faudrait-il que ces pistes soient confirmées par des initiatives concrètes. À Moscou, Assimi Goïta et Denis Sassou N'Guesso ont ouvert un canal de dialogue entre le Sahel et l’Afrique centrale. Reste à savoir si cette convergence de principes se traduira par une coopération structurée. En diplomatie, la portée d’une rencontre se mesure moins aux déclarations communes qu’aux décisions qu’elles rendent possibles.

Noël Ndong

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