Cinéma: mort de René Vautier, cinéaste résistant et anticolonialiste

Samedi 10 Janvier 2015 - 11:20

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Le réalisateur français René Vautier s’est éteint dimanche 4 janvier, à l’âge de 86 ans. Sa vie et son œuvre furent conduites par ses convictions politiques, son combat pour la liberté et l’égalité entre les hommes et les peuples.

Né en 1928 en Bretagne d’un père ouvrier et d’une mère institutrice, Vautier n’a que 15 ans lorsqu’il s’engage dans la résistance, pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il se lance ensuite dans des études de cinéma et signe sa première réalisation Afrique 50 sur fond de désobéissance. Le film, commandé par la Ligue de l’enseignement (France) et destinés aux écoliers français devait valoriser la mission éducative de la France dans ses colonies. Vautier détourne le préposé pour rendre compte, clandestinement, de la réalité paysanne entre Bamako et Abidjan. Il réalise avec Afrique 50 le premier film anticolonialiste français, aux prix de 13 inculpations un an de prison et 20 ans de censure. Dès lors, le cinéaste jette les fondements de son art, répondant à un impératif, confié au journal Le Monde en 2007 : «je filme ce que je vois, ce que je sais, ce qui est vrai».

C’est en Algérie, en 1956, qu’il poursuit son engagement. Cette année-là, René Vautier rejoint le pays par les maquis et intègre la lutte révolutionnaire pour l’indépendance de l’Algérie du FLN, braquant sa caméra sur les maquisards de l’ALN. Il y tourne deux documentaires, Une nation, l'Algérie et L'Algérie en flammes. Poursuivi par les autorités françaises, il reste exilé sur le sol algérien jusqu’en 1966. Entre temps, il passe par la case prison en Tunisie, accusé d'avoir détourné des sommes qui auraient servi à payer les travaux de laboratoire en Allemagne de l'Est et de tentative de « commercialisation de la Révolution » après avoir essayé de vendre ses films au pays. À sa libération, le cinéaste s’installe à Alger où il est nommé directeur du Centre audiovisuel de 1962 à 1965. De retour en France en 1967, il regroupe la coopérative Medvedkine destinée à révéler les luttes ouvrières, puis il fonde l’unité de production cinématographique de Bretagne. Au début des années 1970, René Vautier reprend ses travaux sur l’Algérie et se voit refuser un visa d’exploitation pour le documentaire de Jacques Panijel Octobre à Paris, consacré au massacre des Algériens à Paris le 17 octobre 1973. Il entame alors une grève de la faim, exigeant « la suppression de la possibilité, pour la commission de censure cinématographique, de censurer des films sans fournir de raisons ; et l’interdiction, pour cette commission, de demander coupes ou refus de visa pour des critères politiques ». Vautier gagne sa bataille et fait triompher le cinéma engagé. Depuis cet épisode, les critères politiques n’entrent plus en compte dans les décisions de la commission du contrôle cinématographique en France.

Toute sa vie armé d’une caméra coup de poing, René Vautier s’est rangé du côté des colonisés, des opprimés, sacrifiant sa liberté pour rendre compte des réalités en Afrique, en Algérie et en France. Père du cinéma anticolonialiste français, il laisse derrière lui une œuvre confidentielle et affranchie.

 

Morgane de Capèle

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