Musique : tristes mois de janvier

Jeudi 17 Janvier 2019 - 13:10

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Le premier mois de l'année est devenu celui des adieux à deux artistes de renom : Pamelo Mounk’A, décédé le 14 janvier 1996 et, en 2017, N’Zongo Soul, le 10 janvier.

Pamelo Mounk'ADans les archives des mélomanes des deux Congo se remarquent en bonne place les deux dates en souvenir de Pamelo Mounk’A, décédé le 14 janvier 1996 à Brazzaville. Vingt-et-un ans plus tard, au mois toujours en janvier, Paris découvrait par les réseaux sociaux l’accablante nouvelle du décès de Nzoungo Soul.

Né le 10 mai 1945 à Brazzaville, Yvon Mbemba Bingui, alias Pablito, devenu par la suite Pamelo Mounk’A, était un chanteur, musicien et compositeur congolais.

Autodidacte, ses débuts en musique commencent avec ses amis Jean-Pierre Ngombé et Foundou Mulélé dans un orchestre de quartier « le Club des jeunes élégants de Poto-Poto ».

Même si, dans les années 1960, il fait ses gammes en face, sur l’autre rive du fleuve Congo, à Kinshasa, auprès de Tabu- Ley Rochereau de l'African Fiesta avec la chanson "Lucie ", sa vraie carrière musicale avait débuté au sein de l'orchestre Les Bantous de la capitale, à Brazzaville.

En 1968, du côté de Brazzaville, il se fait connaître avec les titres "Masuwa", "Congo na Biso", marquant en même temps la naissance du rythme "soukouss", dont il est l'un des fondateurs.

Il fonde plus tard, avec Kouka Célio et Mountouari Kosmos, l'orchestre Le peuple du trio Cépakos, dont il sera le leader incontesté. Le trio Cépakos éclate en 1978. Pamelo réintègre Les Bantous de la capitale. Trois ans plus tard, il reprend une carrière en solo et enregistre "L'argent appelle l'argent", dont quatre cent mille exemplaires seront vendus. Il se produit dans presque toutes les capitales africaines avant d'être rappelé au sein du groupe Les Bantous de la capitale.

Vingt-trois ans après, les mélomanes se souviennent toujours de lui comme d’un compositeur exceptionnel, harmonieux, au phrasé lyrique dont la portée philosophique a eu un retentissement à la lutte des antivaleurs.

C’était un 10 janvier 2017 que la triste nouvelle du décès de Wa Semo Nzongo Soul était tombée. Le philosophe du Ngo, Prix découvertes RFI en 1984 et co-interprète de "Noir et Blanc", un des plus grands succès du chanteur français, Bernard Lavilliers, sorti en 1987, avait rendu l’âme, retrouvé sans vie à son domicile par un de ses proches, qui avait aussitôt alerté la police.

Nzongo Soul, de son vrai nom Faustin Nzongo, est né à Brazzaville en 1955. Il a fait ses études primaires dans plusieurs localités du pays au gré des affectations de son père à Owando, Impfondo et autres villages du Congo profond.

A Brazzaville, les études secondaires, commencées au collège Nganga-Edouard, s’achèvent au lycée Pierre-Savorgnan-de-Brazza, avec l’obtention du baccalauréat. 

L’artiste crée en 1977, dans la capitale congolaise, les Walla players. Il avait à peine plus de 20 ans quand il avait remporté, peu de temps après, le prix du plus grand groupe d’afro soul d’Afrique centrale.

La démarche musicale de Nzongo Soul s’appelle le Walla. Un style musical né de la fusion de la musique traditionnelle kongo (éthnie du sud de la République du Congo) qu’il a modernisée (en y incluant la rumba congolaise, le soul, le rock et du funk) et a connu un énorme succès, en Afrique et dans le monde, au cours des années 1980.

Dénommé " Walla c’est ma musique", son premier disque, sorti en 1979, est suivi de "Nvaneno nlele", en 1980 et "Walla purification" en 1983. Un an plus tard, Nzongo Soul est lauréat du prix Découvertes RFI. Il part ensuite pour la France et s’inscrit en doctorat d’histoire des idées à la Sorbonne. " Musicosophie", son dernier album, un alliage entre musique et philosophie, parle de l’art de Mozart au cœur de la pensée Bantou. Il a connu la participation de deux icônes de la musique : Jacob Desvarieux et Manu Dibango.

Il défendait sa philosophie en ces termes : «Parce que, sans s’en rendre compte, dans les villages, quand on chante nos chansons, dans les rituels, dans les mariages…, il y a de la sagesse derrière, il y a de la philosophie. Mais, la philosophie est une invention grecque, philia, c’est l’amour, sophia, c’est la sagesse; c’est donner la sagesse. Mais, la musicosophie, c’est une autre démarche. Quand nous mettons en scène la sagesse des ancêtres, à travers les mots, il y a trois niveaux de la parole. Nous mettons cette sagesse-là en scène par des mots parlés, des mots chantés et des mots dansés. Il ne s’agit pas, uniquement, d’exprimer son amour pour sophia, la sagesse ; on met en scène la sagesse, pour qu’elle soit mise en action, qu’elle soit dansée. De ce point de vue-là, on ne fait pas de la philosophie, on fait de la musicosophie. La musicosophie convient le mieux pour indiquer ce que mes ancêtres m’ont légué, depuis des millénaires»,

Ne les oublions pas !Nzongo Soul sur le Stand Livres et Auteurs du Bassin du Congo lors d'une des éditions du Salon du Livre de Paris

Marie Alfred Ngoma

Légendes et crédits photo : 

Photo : Pamelo Mounk'A Photo 2 : Nzongo Soul sur le Stand Livres et Auteurs du Bassin du Congo lors d'une des éditions du Salon du Livre de Paris Crédit photo : Adiac

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