Littérature : les romans africains de la rentrée 2019

Jeudi 17 Janvier 2019 - 20:28

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

Partons à la découverte d’Ali Zamir, jeune écrivain et chercheur comorien né à Mutsamudu (Comores) sur l’ile d’Anjouan en 1987 et qui publie en cette rentrée, aux éditions Tripode, un troisième roman au titre pour le moins ordinaire; "Dérangé que je suis".

 

L’ouvrage nous emmène sur l’île d’Anjouan où Dérangé est un humble docker. Avec son chariot rafistolé et ses vêtements rapiécés, il essaie modestement chaque jour de trouver assez de travail pour se nourrir. Mais un matin, alors qu’il s’est mis à la recherche d’un nouveau client, Dérangé croise le chemin d’une femme si éblouissante qu’elle « ravage tout sur son passage ». Engagé par cette femme dans un défi insensé qui l’oppose au Pipipi (trio maléfique des trois dockers Pirate, Pistolet et Pitié), le pauvre homme va voir son existence totalement chamboulée.

Avec ce troisième roman, Ali Zamir confirme la place très originale qu’il occupe dans la littérature francophone, son don pour les récits incongrus et l’usage de mots rares. Son écriture est éblouissante, imagée, truculente. Son usage des mots rares qui, dans son texte ne sont pas incongrus, déplacés mais donne un petit plus. Dans ce roman, l’auteur passe du rire aux larmes, de la tragédie au comique avec une grande tendresse dans ses mots.

 La littérature francophone, avec Ali Zamir, s’est bien trouvé un nouveau Pagnol sur une île de l’océan Indien, un auteur à l’invention verbale subtile.

Rappelons que ce dernier  a remporté en 2016 le Prix Senghor pour son roman "Anguille sous roche" paru en septembre de la même année aux éditions du Tripode. Toujours en 2016, il a obtenu la mention spéciale du jury du « Prix Wepler », le Prix des Rencontres à Lire 2017 de Dax et le Prix Mandela de littérature pour le même roman qui parlait des naufragés en mer sans assistance qui résonne avec les nombreux drames de notre actualité quotidienne. Dans "Dérangé que je suis", la vitalité de sa langue se met au service de l’histoire tragi-comique d’un pauvre docker. Le mélange des genres et la puissance ininterrompue des scènes font de ce roman-film virevoltant un bonheur de lecture.

 

 

Boris Kharl Ebaka

Notification: 

Non