Situation politique et sociale en RDC : des ONG et mouvements citoyens appellent à éviter de brûler le pays

Jeudi 17 Janvier 2019 - 16:00

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Des associations se sont insurgées, le 17 janvier, à Kinshasa contre la tribalisation des résultats des élections du 30 décembre 2018 ainsi que la transformation de la lutte politique en guerre tribale et exhorté l'ensemble de la population congolaise à la paix et à la concorde nationale .

Dans une déclaration commune lue au Palm Beach, dans la commune de la Gombe, par le président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (Acaj), Me Georges Kapiamba, les acteurs de la société civile ont félicité le peuple congolais pour sa mobilisation, malgré les graves manquements de la Commission électorale nationale indépendante, pour la tenue des élections afin d’obtenir une alternance politique en République démocratique du Congo (RDC). Mais, conscients de leur rôle dans le processus démocratique dans le pays, ces acteurs ont motivé leur action par le souci de sauvegarder les acquis de leur engagement et de leur lutte pour le changement politique, économique et social. Ils se disent également interpellés par le risque de fragilisation des acquis des élections du 30 décembre 2018 dont l’expression du suffrage populaire bien qu’entachée de graves irrégularités.

La société civile note, en effet, que cette expression population a été une sanction sans appel contre le régime sortant qui, « comme par un tour de passe-passe, se retrouve majoritaire aux futures assemblées provinciales et nationale ».

Un risque de récupération et de manipulation politiques

Les ONG et mouvements citoyens se disent aussi interpellés par le risque de récupération et de manipulation politiques des conflits ethniques, tribaux et identitaires ainsi que celui d’embrasement généralisé et d’effusion de sang. Ils rappellent que le Congo, qui est le seul bien commun à tous les filles et tous les fils de ce pays, ne doit pas brûler. « Il n’a pas besoin de sang supplémentaire », ont-ils souligné .

Pour éviter au pays cette situation décriée, ils ont lancé un appel à l’ensemble de la population congolaise, aux ONG et mouvements citoyens à œuvrer pour la paix, l’unité, la concorde nationale et la sauvegarde des acquis de la lutte commune dont l’alternance au sommet de l’Etat. « Que chacun, en ce qui le concerne, développe à ce temps, un discours de paix et de fraternité », ont-ils souligné.

Aussi la société civile a-t-elle salué le recours, par deux des candidats malheureux à la présidence de la République, aux instances judiciaires pour trancher les contentieux électoraux, conformément à la législation en la matière. Elle, par ailleurs, appelé les instances de justice habiletées à dire le droit avec indépendance et impartialité. Aux principaux leaders de l’opposition, les ONG et mouvements citoyens signataires de la déclaration ont exhorté à un rapprochement rapide et à un dialogue sincère pour le bien du peuple congolais pour qui ils disent agir, dans un intérêt suprême de la nation, transcendant les considérations individuelles et partisanes de leurs structures politiques respectives.

La société civile a promis de demeurer vigilante pour que le nouveau président de la République et son futur gouvernement respectent les droits humains ainsi que les libertés fondamentales et luttent contre la gabegie financière, l’impunité, le clientélisme et le culte de personnalité. Elle a aussi promis de réaliser, dans un avenir proche, une évaluation sans complaisance  du processus électoral, afin de tirer des leçons pour la consolidation de la démocratie.

En outre, les signataires de la déclaration ont exigé le rétablissement, sans délai, de la connexion internet, des SMS et des médias dont les signaux ont été coupés car constituant des moyens par excellence de communication qui peuvent contribuer à apaiser les esprits.

Dans cet appel, la société civile a voulu dénoncer le risque élevé de manipulation tribale (la volonté de tribaliser la victoire électorale) et de combat ethnique, appeler les deux leaders de l’opposition (Félix Tshisekedi et Martin Fayulu) à se rencontrer pour parler un même langage au lieu de disperser les forces. Me Georges Kapiamba voit en cette victoire des mouvements citoyens et des ONG, avec la réussite de l’instauration de l’alternance au sommet de l’Etat, le commencement de leur lutte  « Il faudra vraiment des réformes qui exigent la vigilance », a-t-il insisté.

Victoire des ONG et des mouvements citoyens

La société civile pense qu’elle a engrangé, avec l’évolution actuelle de la situation politique, une victoire dont les acquis sont palpables. Elle a, dans cette optique, notamment avoué avoir fait échec aux tentatives de modification de la Constitution et à un troisième mandat pour le président sortant. Elle se félicite également d’avoir obtenu l’organisation des élections et l’alternance au sommet de l’Etat, étant donné que c’est l’une de figures de l’opposition qui va diriger le pays pendant les cinq ans à venir. Mais, pour elle, un effort doit être maintenu afin  de consolider ces acquis et en obtenir encore d’autres, notamment dans l’annihilation de la corruption, de la gabegie financière, du clientélisme, de la violation des droits fondamentaux de l’homme, etc. 

Les organisations signataires de ce communiqué sont notamment les principaux mouvements citoyens réunis au sein du Collectif d'action de la société civile, l'Acaj, l'Asadho, Conafed, Rodhesic, Recic, Cenadep, Proddes, Les Congolais debout, Femmes debout, Lucha, Il est temps; Compte à rebours, Maison de laïcité de Kinshasa, Forum citoyen et Filimbi.

 

Lucien Dianzenza

Légendes et crédits photo : 

PhotoS 1 et 2: La lecture du communiqué par ME Georges Kapiamba /Adiac Photo 3: La presse, lors de l'activité /Adiac

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