Conséquence de l’arrêt de la Cour constitutionnelle : la mission de l'Union africaine à Kinshasa reportée sine die

Lundi 21 Janvier 2019 - 17:06

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La Commission de l'organisation continentale a, dans un communiqué, pris note de la proclamation par la haute juridiction de la République démocratique du Congo (RDC) des résultats définitifs des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales du 30 décembre 2018 et, par conséquent, a reporté la visite de sa délégation de haut niveau prévue dans la capitale congolaise, le 21 janvier.

La délégation de l’Union africaine (UA) que devrait conduire le président en exercice et chef de l'État rwandais, Paul Kagame, accompagné du président de la Commission de l'UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, a renoncé en dernière minute à sa venue en RDC. Sûrement que l’annonce, la veille, des résultats définitifs de la présidentielle par la Cour constitutionnelle, proclamant Félix Tshisekedi vainqueur de la présidentielle du 30 décembre, a dissuadé Paul Kagame et compagnie à ne plus effectuer le déplacement de Kinshasa. Eux qui, jeudi dernier, de concert avec quelques chefs d’Etat et de gouvernement avaient appelé, à l'occasion d’une réunion consultative à Addis-Abeba, à la surséance des résultats définitifs et exprimé des « doutes sérieux » sur les résultats provisoires. Ils ont donc été dès lors pris de court.

Avec une marge de manœuvre très réduite, l’objet du voyage étant vidé, la délégation de l’UA n’avait d’autre alternative que de renvoyer sine die sa venue à Kinshasa. Et comme pour sauver les meubles, l’UA s’est contentée de prendre note au travers d’un communiqué aux accents d’une volte-face qui ne dit pas son nom : « La Commission de l'Union africaine prend note de la proclamation par la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo des résultats définitifs des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales du 30 décembre 2018 (…) Il convient de noter que la visite de la délégation de haut niveau qui devait se rendre à Kinshasa le 21 janvier 2019 a été reportée », peut-on lire.

Un camouflet pour l'UA

Pour maints analystes, l’annulation de la visite de la délégation de l’UA à Kinshasa était prévisible. Le fait que la Cour constitutionnelle a rendu son arrêt de manière précipitée, juste la veille, n’est pas innocent, selon eux. C’est un message très clair de la part du gouvernement congolais qui a toujours prôné la non-ingérence extérieure dans ses affaires intérieures, se convainc-t-on. Il a tenu à le faire savoir à l’UA dont la délégation risquait de ne trouver aucun interlocuteur officiel sur place. A en croire certaines indiscrétions, l’UA comptait laisser à Joseph Kabila le choix entre un recomptage des voix et une nouvelle élection à laquelle pouvaient participer Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, des propositions que l’intéressé n’allait certainement pas accepter.

Un camouflet donc pour Paul Kagame qui, par cette mission, voulait projeter une autre image de sa personne au plan international, en défendant des « principes démocratiques », à quelques semaines de la fin de son mandat à la tête de l'Union africaine. Cependant, pour le rôle néfaste joué par son pays à l’est de la RDC, un pays qu’il continue de tenir d’une main de fer après sa réélection en 2017 avec 98% des suffrages obtenus après modification la Constitution, Paul Kagame n’était sans doute pas le meilleur arbitre qu’attendaient les Congolais.  

Au-delà du cas Kagame, l’absence de consensus autour du dossier RDC sur fond des tiraillements entre les pro et les anti Kabila, était aussi l’une des raisons ayant milité en faveur de l’annulation de cette visite, l’UA s’étant refusée d’afficher ainsi ses divergences à ce sujet sur la place de Kinshasa.       

Alain Diasso

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