65 ans d’indépendance : repenser l’avenir économique du Congo avec la ZlécafSamedi 30 Août 2025 - 17:02 La métaphore de la « jarre trouée » du Roi Ghézo, ancien Dahomey, (actuel Bénin), est perçue comme le symbole fort de la Zone de libre échange continentale africaine (Zlecaf) », une métaphore pour l’action collective.
Après près de sept décennies d’indépendance, le moment est venu pour le Congo d’apprendre de son passé pour bâtir un avenir économique solide, en se tournant vers la dynamique de la Zlécaf. Un passé et un avenir liés Si la vision panafricaine du Congo reste étroitement liée à celle des autres pays de la sous-région, notamment via des initiatives comme la Cémac, la CEEAC ou l’Ohada, le bilan économique du pays demeure préoccupant. Selon le rapport du ministère de l’Économie, entre 1958 et 2023, le Congo peine encore à établir une économie capable d’assurer le bien-être de sa population. Le Congo, un pays de transit par excellence Le pays, riche de ses 15 départements, possède pourtant d’importants atouts géographiques : plusieurs corridors de transport, un réseau fluvial dense, et un potentiel agricole, forestier, halieutique et touristique encore sous-exploité. Ces ressources pourraient faire du Congo un véritable centre de transit régional. Mais leur exploitation reste limitée, et la dépendance au pétrole, soumise aux fluctuations mondiales, demeure un frein pour la diversification économique. Les défis et opportunités de l’intégration L’ouverture des frontières prévue pour 2030 dans le cadre de la Zlécaf pourrait représenter une opportunité majeure pour le Congo, à condition de renforcer ses capacités à diversifier son économie. La dépendance au secteur pétrolier expose le pays à des risques économiques importants, d’où la nécessité de renforcer la décentralisation, d’attirer des investissements et de développer des secteurs non extractifs. La Zlécaf offre un marché de 1,2 milliard de consommateurs, un levier pour stimuler l’innovation et soutenir la croissance des PME et des startups. Pour cela, les structures comme l’ACPE, le Fonea, le Figa, ou encore les zones économiques spéciales, doivent renforcer leur présence sur tout le territoire afin d’assurer une politique de proximité et d’encourager le développement local. Améliorer le climat des affaires Malgré des avancées ces dernières années, le classement du Congo dans le rapport Doing Business reste faible (180e sur 190), ce qui limite l’attractivité pour les investisseurs. Des efforts concrets sont nécessaires pour simplifier les démarches administratives, sécuriser les investissements et favoriser la création d’entreprises. Le Plan national de développement 2022-2026 insiste sur l’importance d’investir dans le capital humain, avec une augmentation des budgets consacrés à l’éducation, à la santé et à la protection sociale. Ces axes seront essentiels pour maximiser les bénéfices de l’intégration économique continentale. Renforcer la connectivité avec les pays voisins Les défis infrastructurels constituent une étape clé pour profiter pleinement de la Zlécaf. La mise en place d’un réseau ferroviaire régional intégré à l’instar du projet de Réseau ferroviaire continental intégré à grande vitesse (AIHSRN) , le Marché unique africain du transport aérien (SAATM) ou la promotion d'un Réseau électronique panafricain sont indispensables pour faciliter le transport de personnes et marchandises . La Commission économique pour l’Afrique estime que la mise en œuvre de la zone pourrait doubler le volume de fret routier, passant de 201 à 403 millions de tonnes. Il est donc urgent de rendre les corridors congolais plus compétitifs et de continuer à investir sur les projets infrastructurels. Un appel à l’action À l’image du Cameroun, qui en août dernier a délivré son premier certificat d’origine Zlécaf - un document essentiel pour prouver l’origine des produits et bénéficier des préférences douanières sur le continent - ou du Kenya qui, grâce au commerce de vêtements de seconde main soutenu par le digital, génère annuellement 112 millions de dollars, le Congo dispose d’importantes opportunités pour se relever. Malgré les nombreux défis, la voie de l’émergence repose sur la priorisation de la mise en œuvre de la stratégie nationale pour la Zlécaf 2021-2030 mais aussi celle ancrée dans l’histoire et les aspirations du pays. Par conséquent, il serait judicieux d’initier un plan Marshall sur 20 à 30 ans pour accompagner la transformation économique du pays et concrétiser ses ambitions de développement pour faire du Congo un acteur-clé dans le nouvel ordre économique africain. Michesie Kibongui Adzeu, Analyste-Magistrat Légendes et crédits photo :Michesie Kibongui Adzeu/ DR Notification:Non |