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"Ancien combattant"

Dimanche 14 Mai 2023 - 17:25

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Mercredi 10 mai, à un jour de différence, l’orchestre Brazza Band, le chœur Hiridaf et les finalistes de « Rumba ya bilenge » étaient à l’honneur à la Maison russe de Brazzaville pour commémorer la victoire des alliés à la Seconde Guerre mondiale contre les Nazis, en 1945. Cette année-là, le monde sortait d’une folle épreuve d’autodestruction et jura de ne plus y retourner en mettant sur pied la bien nommée Organisation des Nations unies.

Pendant une bonne petite heure, les invités de la responsable des lieux, Maria Fakhrutdinova, ont écouté chanter les jeunes élèves et étudiants composant ces groupes dans une ambiance chaleureuse. Les chants repris en langues russe et française ont été ponctués par des acclamations de la salle investie par de nombreux jeunes parmi lesquels ceux qui prennent des cours dans cet établissement.

Dans le milieu des années 1980, lorsque le Congolais Casimir Zoba, dit Zao, lors d’un festival à Kinshasa, en République démocratique du Congo (Zaïre à l’époque), interpréta pour le grand public le morceau « Ancien combattant », il ne croyait pas s’ouvrir les portes de l’éternité comme un adorable faiseur de paix au moyen de la chanson. Depuis, cet éloge au vivre ensemble a parcouru le monde et a été repris de mille et une manières, Zao se hissant lui-même, mais en toute modestie, au niveau de considération qui lui vaut des invitations de par le monde.

Même si donc la célébration de « la victoire russe sur le nazisme » (tel était l’intitulé du concert) à Brazzaville s’est déroulée dans ce moment caractérisé par la tension extrême à l’Est de l’Europe depuis le déclenchement par Moscou de son « opération spéciale », le 24 février 2022, contre Kiev, le spectacle n’a pas manqué d’émotion. Au nombre des prestations servies au public lors de ces retrouvailles, il y a la voix d’un jeune garçon qui s’est élevée dans la salle de spectacle pour répéter « Ancien combattant » avec gravité.

Muni de sa guitare et arborant une vareuse et un calot étoilé, à l’image d’un sacré vétéran, Aude Herman, c’est comme cela qu’il s’appelle, a pris la place de Zoba Casimir Zao. Il avait et l’intonation et la mimique du célèbre compositeur des tubes à succès, entre autres, « Moustique », « Corbillard », « Adam et Eve». Pour faire comme Zao, on écarquille les yeux, on tourne les lèvres en vrille, on se renfrogne le visage et on peut, dans l’intervalle, nuancer le tout par un fin sourire.

Les dernières paroles de la complainte « Ancien combattant » sont connues : jetez vos armes, donnons-nous la main, si tu vois un être humain, dis-lui bonjour dans sa langue. Le consensus d’il y a soixante-dix-huit ans est aujourd’hui percé par un tir de drone ; le drone de la méfiance, du rejet de l’autre, de l’absence de dialogue et de l’accumulation des armements. Pourra-t-il renaître de nos haines réciproques et rebâtir l’unité des peuples et des nations ? On l’espère encore malgré tout.

Gankama N'Siah

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